Blanche, une Ombre en Forêt

De son pas léger la voilà qui filait vers l’inconnu. Furtive, nul ne l’aperçut. Les parents avaient rameuté la marmaille ; claquemurés dans les maisons, serrés autour de la table familiale, il n’était plus temps pour les enfants de courir la campagne. À quoi leur servirait-il de traînasser encore au-dehors ? N’y risqueraient-ils pas une mauvaise rencontre ? Tandis que l’humidité descendait sur la terre, étouffait les bruits, les appels, laisserait au petit matin une rosée étincelante, Blanche s’avançait, insouciante, à la rencontre de son destin.

Jean Paul Belly nous livre un roman qui s’inscrit dans une tradition de prose poétique, voire fantastique, qui trouve ses racines chez Giono, Bosco, Ramuz, Aymé ou d’Arbaud. On ne peut manquer de citer également parmi ses influences littéraires, bien que dans un genre très différent, un écrivain maudit, épris lui aussi du Périgord, qui repose peut-être en paix dans une sépulture plus que modeste du petit cimetière de l’ancienne bastide royale de Domme : François Augiéras.

Dans un territoire qui n’est donc pas sans évoquer le Périgord, mais qui garde sa part de mystère et d’imprécision, un drame se déroule dans Blanche, une ombre en forêt alors que dans peu de temps la soldatesque allemande fera une bouchée de la France de 1939. La guerre de 14 avait saigné à blanc la vieille paysannerie française et décimé dans une boucherie commune ses chevaux de trait ; les derniers feux de cet archaïque monde rural vont bientôt s’éteindre.

Une intimité ancienne de l’auteur avec les Causses, qu’ils soient grands ou petits, renommés ou méconnus, nourrit la géographie, composite et volontairement indécise, de l’intrigue. Par contraste, le pays d’en bas, territoire de brume et de pacages saturés d’humidité, servira de contrepoint à l’aridité du pays d’en haut. Onirique, sans pour autant négliger d’être ironique parfois, Blanche, une ombre en forêt nous entraîne vers les noirceurs de l’âme humaine.

L’auteur

D’après ses dires, Jean-Paul Belly serait né en 1956, mais qui pourrait s’en douter tant il a conservé l’aspect d’un fringant jeune homme. Il aurait exercé divers métiers tous plus pendables les uns que les autres tels que photographe ou enseignant, c’est tout dire. Il prétendrait maintenant s’adonner à la littérature ; on aura tout vu. Enfin, il faut bien que soixantaine se passe !


Témoignage

On a du mal à imaginer que ce roman ait pu naître d’une simple flânerie en périgord tellement l’auteur, par les précisions des descriptions, domine son sujet. Le lecteur surfe entre fiction et réalité jamais tout à fait sûr de lui car souvent pris par le rythme du récit et totalement embarqué par la découverte des lieux entre Causse et Vallée : une nature en mouvement où se mêlent odeurs et couleurs…sauvage mais si belle ! Certaines scènes plus ou moins violentes voire sordides notamment lors de la découverte du corps de Blanche sont juste adoucies par la présence de Matthieu, personnage central singulier et attachant !

De ce roman frôlant le conte fantastique, outre l’omniprésence de la nature , ô combien valorisée, je retiendrais l’histoire de Jeanne et Matthieu; une ode à la vie gommant la noirceur de certaines scènes et participant à l’originalité de ce récit, qui, de toute façon, ne peut laisser indifférent. Quelle excellente idée d’avoir choisi d’écrire cette flânerie en Périgord ! J’ai beaucoup aimé !

Françoise Cheyrou


Jean-Paul Belly
— Format 14,85 x 21 cm, 192 pages, 17 € —
ISBN 978-2-9560026-4-2EAN 9782956002642

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