Géologie de la Dordogne-Périgord

Le Périgord doit la variété de ses paysages à la richesse de son sous-sol et à l’action de ses rivières. Pour l’essentiel, c’est un monde de plateaux et de collines calcaires coincés entre les hautes terres limousines et les basses-terres bordelaises. Mais la structure géologique disparate combinée à une perméabilité des sols modelés par un réseau hydrologique dense a produit une surprenante mosaïque de pays individualisés au sein même du Périgord, que l’on qualifie à juste raison de «  terre plurielle » et de « pays de transition ».

La géologie de Dordogne-Périgord

La géologie du Périgord
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Le Périgord cache sous une unité apparente une remarquable diversité. Il est formé d’une mosaïque de terrains très différents : des roches primaires constituent la bordure Sud-Ouest du Massif-Ventral, des calcaires secondaires forment l’ensemble des plateaux qu’entaillent les vallées de la Dronne, de l’Isle, de l’Auvézère, de la Vézère et de la Dordogne, des sables tertiaires composent les terrasses proches du Bassin aquitain.

Si l’on devait schématiser à l’extrême, on pourrait dire que le Périgord est formé aux deux tiers de calcaires (ses parties sud et sud-ouest sont constituées de roches sédimentaires), alors que sa zone nord-est une bande étroite de roches cristallines.

Par sa géologie, le Périgord est à la fois limousin et aquitain.

Les couches géologiques s’étagent parallèlement au Massif central, en une suite de gradins orientés suivant une direction nord-ouest/sud-est. On dénombre quatre principaux gradins dont l’altitude décroît progressivement, en partant de presque 500 mètres, dans la partie nord du département, jusqu’à 50 mètres dans les basses vallées de Dordogne et de l’Isle.

Cartographie : la géologie du Périgord

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Premier gradin

Le relief du département de la Dordogne

Le relief du Périgord
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Dernier contrefort du Massif central, le premier de ces gradins correspond aux roches formées à l’ère primaire, antérieurement au carbonifère : gneiss, micaschistes, schistes cristallins traversés par des filons de quartz et des intumescences de granite. Mentionnons également la présence de minerais métalliques, plomb et zinc et, plus anecdotique encore, des traces d’or comme en témoigne la galerie de l’or à Jumilhac.

On notera la présence d’un chapelet de petits bassins fertiles (sur des argiles du Lias ou des grès du Permien) qui accueillent les principales cités de cette région : Nontron, Saint-Pardoux, Thiviers, Excideuil, Hautefort, Terrasson (cette dernière plutôt orientée vers le bassin de Brive).

Cette région est connue sous le nom de « Périgord limousin », ou Nontronnais, sur la carte des petites régions agricoles du ministère de l’Agriculture.

Bénéficiant d’une pluviométrie généreuse, ces sols acides sont propices à des boisements de résineux et de châtaigniers assez denses, ainsi qu’à des landes à bruyères.

Deuxième gradin

Le deuxième gradin, de largeur très inégale, correspond aux roches très dures du Jurassique que la mer a déposé par sédimentation chimique carbonnatée, en bancs épais et massifs. Généralement très dures, celles-ci sont à l’origine des causses du Périgord qui s’étalent de l’Angoumois au Quercy. C’est un relief caractéristique que l’on qualifie de « karstique », en référence à la région de Slovénie (Karst) où il fut étudié pour la première fois.

La dégradation du calcaire a creusé des dépressions, les combes (vallées sèches) qui donnent aux Causses de Martel l’aspect d’une houle de pierre. De multiples vallées très ramifiées ainsi que de petites dépressions circulaires, les dolines (appelés localement cloups), accidentent ces plateaux : constituées de sols argileux fertiles, elles sont des couloirs agricoles plantés de nombreux noyers et de quelques vignes. En s’agrandissant, les dolines peuvent s’effondrer en puits, appelées localement les edzes ou eidges. Pour compléter ces paysages karstiques, on trouve également de nombreuses grottes et gouffres.

Des champs ceinturés de murets, une maigre couverture végétale (genévriers, chênes rabougris), ainsi que des truffières composent le paysage, des maisons et des bories de pierre sèche aux toits de lauze caractérisent ces espaces karstiques.

Des rivières découpent ces causses en petites tables : l’Auvézère, l’Isle ou encore le Céou. En fonction du relief et de la nature du sous-sol, on distingue plusieurs grandes unités géographiques :

  • Les Causses Périgourdins composés des Causses de Savignac, des Causses de Cubjac et des Causses de Thenon : c’est un ensemble de collines karstifiées dans les calcaires liasiques et jurassiques à l’est de Périgueux jusqu’à Excideuil et Thenon; d’environ 30 km N-S et 15 km O-E, c’est un ancien fromental dépeuplé, coupé par les vallées de l’Isle, de l’Auvézère et de la Loue.
  • Les Causses de Terrasson qui concernent quelques communes de l’est du département, au sud de Terrasson.
  • Les Causses de Daglan, au sud-ouest autour de Daglan, entre Saint-Cyprien, Domme et Villefranche-du-Périgord, vaste ensemble éclaté présentant de nombreux faciès calcaires, constitués principalement de pelouses sèches, de steppes, et de forêts perdant leurs feuilles en hiver.

Troisième gradin

Le troisième gradin est le plus caractéristique et le plus étendu, prenant en écharpe toute la bande centrale du département, depuis le Ribéracois jusqu’au Sarladais, en passant par le Périgord central (la région de Périgueux).

Si le soubassement de calcaires crétacés assure l’unité géologique de cette zone, la diversité des paysages est manifeste en raison des différences d’altitude et de l’amplitude des dépôts argileux accumulés de façon discontinue pendant l’ère tertiaire.

Tout au long de cette bande, on trouve des falaises propices aux abris troglodytiques, le long de la Dronne entre Bourdeilles et Brantôme, de l’Isle autour de Mussidan ou en amont de Périgueux, de la Vézère près des Eyzies-de-Tayac, de la Dordogne vers Beynac et la Roque-Gageac.

On distingue principalement trois zones :

  1. Le Ribéracois-Vertillacois dans le prolongement des Charentes (appelé Périgord Blanc au XVIIe siècle, en raison de sa couleur dominante), est une grande plaine calcaire vallonnée, de part et d’autre du val de Dronne, propice aux cultures céréalières.
  2. Le Périgord central, est une région de collines, où alternent prairies, tertres crayeux et forêts plus ou moins denses. Moins présentes, les cultures céréalières alternent avec les prairies consacrées à l’élevage. Au sud de Périgueux, les sables riches en minerais de fer qui recouvrent le calcaire sont un terrain de choix pour la culture de la fraise.
  3. Le Sarladais, est la région qui s’étend du nord de la Vézère au sud de la Dordogne (en amont de Lalinde). On y trouve principalement les vallées de la Dordogne et de la Vézère, taillées dans un calcaire dur, paysages caractérisés par de hautes falaises escarpées et friables et de vastes plateaux densément boisés de chênes verts et pubescents.

Quatrième gradin

Le quatrième gradin est formé, d’une part, de dépôts siliceux-gréseux et, d’autre part, de calcaires lacustres durs de l’ère tertiaire.

Les premiers dépôts sont le résultat de l’érosion, qui a attaqué le Massif Central, déposant ainsi des sédiments de graviers, de sables et d’argiles qui se sont accumulés dans les dépressions de la Double, du Landais, de la Bessède, ainsi qu’aux alentours de Belvès et Villefranche-de-Lonchat.

La Double et le Landais, de part et d’autre de la basse vallée de l’Isle, sont constitués de forêts de pins maritimes et étangs, tandis que les feuillus recouvrent la Bessède et le Pays-au-Bois, à proximité de Belvès et Villefranche-de-Lonchat.

Les seconds dépôts, situés dans le Bergeracois, sont dûs à l’érosion des Pyrénées, qui a déposé des sédiments sous forme de molasses, qui alternent avec des dépôts de calcaires lacustres durs de l’ère tertiaire. Sur ces reliefs vallonnés, on trouve principalement des vignobles, mais aussi des vergers de prunier d’ente (c’est-à-dire greffé), et des cultures irriguées et céréalières (maïs, tournesol, tabac, blé…) donnant à cette région une allure plutôt garonnaise.

Cartographie : le relief du Périgord

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Sources :

  • Bonneton Christine : Dordogne Périgord, Éditions Bonneton, Paris 1993, ISBN 2-86253-145-6.
  • Pierre Delfaud, Économie de la Dordogne, Sud Ouest Editions, 31 Août 2000, ISBN 2879012791.
  • Patrick Ranoux, préface de René Pijassou, Atlas de la Dordogne-Périgord, p. 15, Ouvrage publié à compte d’auteur, Speed impression, 1996, ISBN 978-2-9501-4761-5.
  • Aurélia Bollé, Frédéric Denhez, Béatrice Peyret-Vignals : Périgord, Quercy, Agenais, Gallimard Loisirs, 2005-2006, ISBN 2-74-241517-3.

Crédit photo :

  • CedricBLN (Own work), via Wikimedia Commons.

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