BERNARD DUPUY… un regard d’artiste sur les friches industrielles

Photographe de talent, Bernard Dupuy a un œil particulièrement aiguisé lorsqu’il s’agit de capter les paysages, que ce soit les montagnes pyrénéennes de son enfance, les ciels bretons ou les vallées paisibles de la Dordogne.

Installé en Périgord depuis plusieurs années, il n’a cessé d’explorer ce que ce département recèle de trésors cachés, à plus forte raison ceux qui révèlent l’homme dans son histoire et son environnement.

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C’est ainsi qu’il s’est récemment intéressé à la Vallée de la Couze, célèbre pour ses moulins et son industrie papetière. Posant son objectif sur ce patrimoine marqué par un savoir-faire unique, il propose une série de variations photographiques capables de transformer de simples friches industrielles en véritables œuvres d’art.

Le Pyrénéen est taiseux. C’est à son ami et ancien juge d’instruction Alain Bressy qu’il laisse le soin de présenter et de commenter son travail : « Deux forces naturelles et brutes, la montagne pyrénéenne et la mer bretonne ont sidéré Bernard Dupuy dont l’imaginaire a été de suite bordé, façonné, hanté au point de lui faire quasiment perdre la parole. Mais ce silence imposé s’est vengé en lui donnant un œil profond et caverneux, dressé à surprendre ce que ces forces laissent passer, percer, comme formes esthétiques invisibles pour le passant, mais lisibles pour le peintre. Ballotté par ces éléments, Bernard Dupuy a capturé ces images sans cesse couchées et domptées en argentique. Puis est venu le temps de leur éloignement, le photographe s’est installé en Dordogne où il n’y a ni mer ni montagne : il a dû – pour survivre à leur manque – s’inventer une activité de saute-colline pour voir toujours ce qu’il y a derrière, si par hasard, confondue dans le ciel, une grande étendue bleutée ne s’y trouvait pas ou bien l’ombre profonde du granit. Ce faisant, il a multiplié les photos d’artistes, bâtiments, sites, expositions… Mais ne restait alors que cette sensation de distance et de temps que le photographe investiguait avec curiosité. Au travers du verre, du bris de verre, un décor de vie s’installe à plusieurs dimensions. Au détour d’un de ces décors, Bernard Dupuy a découvert la magique vallée de la Couze où des cathédrales d’architecture, de savoirs et d’existences ont été englouties à la vue. »

En apparence, tout est simple. Simple et facile. L’œil de Bernard Dupuy est tourné résolument vers l’extérieur et surtout pas vers lui – quel intérêt y aurait-il ? Sa pudeur à parler de lui-même le rend respectueux des autres ; il n’est pas le photographe des gens, tout juste de quelques silhouettes, mais celui, patient, sensible, de leur habitat et de leur environnement, de leurs créations aussi, qu’elles soient plastiques, architecturales, utilitaires, voire accidentelles. Alors où trouver les origines de cette capacité à chercher, à capter, à cadrer ce que la plupart ne voit pas, fruit d’un long travail qui va se prolonger encore plus patiemment dans les manipulations « alchimiques » effectuées dans le secret du laboratoire ? Voici la réponse : une simple discussion dans un café – simple mais déterminante – et la découverte d’une évidence qui se traduit par l’achat, dès le lendemain, d’un appareil photo. Le chemin est tracé, l’œil tout à coup sait où se poser, le moyen de pouvoir se livrer, de laisser parler sa sensibilité, sans avoir à utiliser le discours oral est trouvé. L’éclat des couleurs, qu’il soit naturel ou travaillé, est là pour montrer – s’il en était besoin – le bonheur de photographier, la générosité du photographe, son appétit boulimique de voir, l’intensité de ses émotions, de ses impressions.

En quête d’intensité, le Palois Bernard Dupuy a besoin d’être régulièrement Breton. C’est là qu’il trouve les ciels les plus contrastés, les changements de temps les plus imprévisibles, les éclairages les plus inattendus. Il photographie les ports, les bateaux, les filets de pêche et les palissades où les pêcheurs essuient leurs pinceaux, tableaux abstraits et spontanés évoluant au fil des jours. Ce travail personnel va de pair avec de nombreux travaux de commande, dans des secteurs très variés : catalogues de musées, plaquettes d’exposition, photo d’industrie et de publicité, photos d’illustrations, pour lesquels il fait preuve de la même exigence et où la technique, impeccable, rigoureuse, n’a d’autre ambition que de révéler au mieux l’objet ou le sujet photographié. Par la magie combinée de l’œil, de la lumière et du cadrage, la réalité est d’un seul coup transfigurée. Volumes, lignes de force, contrastes et oppositions entre les formes, entre l’ombre et la lumière, tout concourt à donner vie, intensité et beauté à une réalité – même s’agissant de friches industrielles – qu’il suffisait juste de regarder…

Bernard Dupuy a réalisé l’exposition « PH Neutre » à Couze et Saint Front, du 17 septembre au 9 octobre 2011, dans le cadre de la 4e édition de « Papier d’art, papier de Couze ».

Merci l’Artiste de nous avoir gracieusement confié quelques-unes de tes photos pour illustrer ce dossier, dont celle de couverture du premier numéro de ce magazine.

Bernard DUPUY
Vertiol – 24330 Eyliac – 06.81.46.40.14
E-mail : dupuybernard@wanadoo.fr
Autres photos du Périgord de Bernard Dupuy : www.perigord.echappee-belle.net.

Alain Bressy


Cet article a été publié dans le numéro 1 du magazine « Secrets de Pays ».

Vous pouvez vous le procurer en consultant la boutique du site…

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