La venue de Sante Garibaldi à Bergerac en 1939

Défilé garibaldien rue de la Résistance, à Bergerac, en 1939

C’est un document d’archive ayant appartenu au résistant bergeracois Raymond Berggren, mort en déportation au camp de Buchenwald, qui atteste la venue de Sante Garibaldi à Bergerac, le 14 mai 1939.

« Fédération Garibaldienne – 14 mai 1939 »

La photo en question, ainsi légendée : « Fédération Garibaldienne – 14 mai 1939 », prise rue de la Résistance, à la hauteur de la rue du Colonel de Chadois, montre un défilé composé essentiellement d’hommes marchant d’un bon pas, précédés de deux agents de police, Lacroix à gauche et Dubur à droite, d’après le témoignage du Bergeracois Pierre Tricaud. L’homme au chapeau marchant en tête du cortège, de petite taille, serait Maurice Moulinier (élu maire de Bergerac le 18 mai 1935). À sa droite, mains croisées, chapeau à la main : Sante Garibaldi, petit-fils du général Giuseppe Garibaldi, artisan de l’unité italienne et « citoyen du monde », pour reprendre le titre de la biographie que lui a consacré Alfonso Scirocco (éditions Payot, 2005). À la droite de Sante Garibaldi, tête légèrement baissée : Raymond Berggren. À la gauche du maire de Bergerac, un autre garibaldien, costume clair et foulard, chauve, fait penser à Benito Mussolini. Bien sûr, il n’en a que la ressemblance physique et l’allure…

Lu dans la Presse

Extrait du journal Vérité du 29 avril 1939Malgré une recherche dans la presse de l’époque, aux Archives départementales, nulle trace de cette manifestation « garibaldienne » bergeracoise du 14 mai 1939… En revanche, le journal La voix socialiste – Hebdomadaire des fédérations socialistes S.F.I.O. de la Dordogne et de la Charente, édition des 25-26 février 1939, signale la tenue d’une « Conférence du Colonel Garibaldi » le jeudi 16 février « devant une salle comble – un millier d’auditeurs – à la salle du Casino Rey ». Sante Garibaldi serait-il venu plusieurs fois à Bergerac, dont le 16 février puis le 14 mai 1939 ?

La conférence du 16 février 1939

Monsieur Amanton, secrétaire de parti à la S.F.I.O. rappelle les origines nobles du « chef des Garibaldiens de l’Argonne, antifasciste à tous crins… ». Il poursuit avec emphase : « Garibaldi – ce nom qui pour nous, hommes de gauche, est tout un passé illustre : 1870, Magenta, Solférino, l’Argonne en 1914, où deux frères Garibaldi dorment de leur dernier sommeil – affirme que les sentiments du peuple italien ne correspondent en rien à ceux de Mussolini, de Ciano [ministre des Affaires étrangères de 1936 à 1943] et des chefs fascistes italiens. Le peuple italien, malheureusement sous le joug et sous la botte, sait et pense que la démocratie française ne saurait être pour lui une ennemie sur les champs de bataille où rêvent de le précipiter les dictatures. Communauté d’origine latine, de culture, de besoins de liberté, de sang versé sur les sols français et italien, il est impossible de les dresser l’un contre l’autre, alors que l’Italie souffre d’un voisinage hitlérien sur le Brenner ».

« Garibaldi fait un appel pathétique aux nombreux Italiens qui ont reçu sur la terre française qu’ils fécondent par leur labeur, la plus cordiale hospitalité, qui sont prêts à en témoigner auprès de leurs camarades opprimés et malheureux de la péninsule. Si demain, malgré leur volonté, un conflit éclatait, ils seraient avec Garibaldi dans les rangs de la nation généreuse : la France ».

Garibaldi s’adresse ensuite aux Italiens présents dans la salle, leur parlant dans leur langue. « Il reçoit une belle ovation, et une superbe gerbe d’œillets rouges lui est offerte ».

Sante Garibaldi, face au Maire de Bergerac, en mai 1939

L’appel à sauver l’Union Latine du 29 avril 1939

Dans son édition du 29 avril 1939, quelques semaines après la conférence du Colonel Garibaldi, le journal Vérité – organe de l’Union Socialiste et Républicaine dirigé par Gaston Simounet – lance un appel à tous les Italiens, les invitant à se « grouper autour de la Tradition Garibaldienne, pour affirmer au Peuple de France […] que l’Amitié Franco-Italienne est toujours intacte. Le moment est venu de faire comprendre au gouvernement de Rome qu’on ne trompera pas le peuple italien dans ses affections. SEULS vous ne pouvez rien faire. UNIS autour de la Tradition Garibaldienne vous pourrez faire entendre la grande voix du peuple italien. Italiens… une fois de plus les Garibaldiens vous appellent pour sauver l’Union Latine. »

Suit l’adresse du siège de la « Fédération d’Associations des Garibaldiens de l’Argonne, des Combattants dans l’Armée Française et sympathisants garibaldiens » qui n’est autre que l’adresse personnelle de Sante Garibaldi : 63, chemin Roustaing, à Talence (Gironde). Puis, pour tous renseignements et inscriptions, deux noms sont indiqués : ceux de Guillaume Plazzi, rue de Reims à Bergerac et de Raymond Berggren, président des Officiers républicains, même adresse.

Septembre 1939

On notera qu’à la veille de l’entrée en guerre de l’Angleterre puis de la France contre l’Allemagne nazie, alors que les mouvements antifascistes de toutes obédiences sont on ne peut plus actifs, aucun d’eux ne parvient à éviter l’embrasement de l’Europe puis du monde… ni la montée des dictatures (franquiste, hitlérienne, mussolinienne et salazariste), montée inversement propor­tionnelle à l’impuissance des démocraties, cause de leur l’effondrement.

Sante Garibaldi est né à Rome en 1885. Au cours de la Première guerre mondiale, avec ses frères Bruno et Costante, il s’engage en Argonne aux côtés de la France. Sante émigre en France après la prise du pouvoir par Mussolini. Il réside à Verteillac, en Dordogne, puis s’installe à Bordeaux où il prend la tête d’une société de travaux publics. On lui doit notamment la construction du grand stade municipal ainsi que la piscine Judaïque, à Bordeaux. Très engagé politiquement, il œuvre à la tête du mouvement garibaldien démocratique, puis, après l’armistice, entre en résistance. La Gestapo l’arrête le 24 juin 1943 et l’enferme au Fort du Hâ, à Bordeaux. Il est déporté à Dachau en septembre 1944. Libéré le 24 avril 1945, il meurt à Caudéran (Gironde), des suites de son internement, le 4 juillet 1946. Le 30 décembre 1948, le président Vincent Auriol lui décerne, à titre posthume, la cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur.

Sante Garibaldi à Bergerac en 1939

Jacky Tronel
Photos Galerie Bondier Lecat

SANTE GARIBALDI est né à Rome en 1885. Au cours de la Première guerre mondiale, avec ses frères Bruno et Costante, il s’engage en Argonne aux côtés de la France. Sante émigre en France après la prise du pouvoir par Mussolini. Il réside à Verteillac, en Dordogne, puis s’installe à Bordeaux où il prend la tête d’une société de travaux publics. On lui doit notamment la construction du grand stade municipal ainsi que la piscine Judaïque, à Bordeaux. Très engagé politiquement, il œuvre à la tête du mouvement garibaldien démocratique, puis, après l’armistice, entre en résistance. La Gestapo l’arrête le 24 juin 1943 et l’enferme au Fort du Hâ, à Bordeaux. Il est déporté à Dachau en septembre 1944. Libéré le 24 avril 1945, il meurt à Caudéran (Gironde), des suites de son internement, le 4 juillet 1946. Le 30 décembre 1948, le président Vincent Auriol lui décerne, à titre posthume, la cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur.

Galerie Bondier-Lecat, le fonds photographique de plusieurs reporters photographes de presse

Légendes photos :

  1. Défilé garibaldien rue de la Résistance, à Bergerac.
  2. Sante Garibaldi, de profil, dos au Monument aux morts de 1870, square des Mobiles, se tenant face au maire de Bergerac, Maurice Moulinier.
  3. Sante Garibaldi, chapeau et gants à la main.
  4. Extrait du journal Vérité du 29 avril 1939.

Cet article a été publié dans le numéro 8 du magazine « Secrets de Pays ».

Vous pouvez vous le procurer en consultant la boutique du site…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d'apparaître.