« Dordogne », un poème de Pierre Gonthier

J’ai choisi de partir près des murs d’une église
Hors du souci d’un ciel auquel je ne crois pas
Mais parce que ma rivière y coule en contrebas
Sans doute la journée sera-t-elle un peu grise
Mais que le grand soleil embrase la colline
Ou que la pluie d’hiver pleure sur les cailloux
Ce sera près de toi
Dordogne
Comme à ces jours venus et suivis pas à pas
Sans jamais m’éloigner du contour de tes rives.

J’aurai été l’enfant qui court le guilledou
Puis l’homme qu’on salue lorsque l’âge est venu
Et qui va tes chemins le souffle retenu
J’aurai aimé d’amour à l’ombre des ormeaux
Rieuse elle était brune assise près de l’eau
J’aurai vu des garçons de mon âge mourir
De cette incohérence
Qui veut des vies perdues avant d’être vécues
S’en souviendraient encor ceux-là qui ne sont plus
Mais toi qui sanctifias leur dernière insolence
Dordogne
Tu conteras toujours de la voix silencieuse
Ceux qui ne sont plus là et ceux qui vont venir

J’ai connu mes amis dans les rues du village
Confluent de nos jours. Des échos un peu graves
Que j’entends quelquefois dans le chant des roseaux
Disent qu’au jeune temps des filles les aimèrent
Et que tu consolas leurs tourments éphémères
Dordogne
Alors je te confie ces tout petits enfants
Qui viennent sur tes bords à l’âge où l’on trébuche
Lorsqu’un grand coup de vent soulève leur capuche
Et que ton flot soudain vient frôler leurs pieds nus
Ils rient.

Ils rêveront bientôt des avenirs promis
De fabuleux destins dans de lointains pays
Ils partiront peut-être
Mais seront ce qu’ils sont des fils de la rivière
Et au fond de leur être
Tu couleras vitale comme coule leur sang
Et quand ils reviendront pour s’asseoir sur un banc
Ils pencheront leur front vers leurs courses premières
Et souriant alors à la nuit qu’ils voient poindre
Ils attendront le temps qu’il faut pour te rejoindre
Dordogne
Dans le cours fabuleux des heures et des jours
Qui mêlent à jamais tes eaux et leurs amours.

Pierre Gonthier, « Les promesses du vent ».
Les Amis de la Poésie, Bergerac, 2011 (« Le Poémier de Plein Vent » ; 136)
Photo Jacques Saraben


Cet article a été publié dans le numéro 11 du magazine « Secrets de Pays ».

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