L’Orchidée, « beauté sauvage de nos coteaux », une espèce protégée

© Pierre Boitrel. Sérapias langue (serapias lingual)
Sérapias langue (serapias lingual), Photo Pierre Boitrel
On compte actuellement six espèces d’orchidées protégées en Dordogne. Heureusement, de plus en plus de particuliers sont sensibles à cette protection, ce qui est encourageant pour l’avenir.
Il y a environ quarante ans, deux naturalistes du canton de Lalinde, Pierre Arnouil – aujourd’hui disparu – et Camille Bacquet m’ont fait partager leurs passions et initié à l’ornithologie, la mammalogie et la botanique. L’orchidée sauvage, dont certaines espèces sont protégées, a alors retenu toute mon attention.

Franck Jouandoudet, un temps administrateur de la SEPANSO a écrit un excellent ouvrage traitant du sujet À la découverte des orchidées sauvages d’Aquitaine (Biotope Éditions, collection Parthénope, Mèze, 2004).

À ce jour, la flore française compte 160 espèces d’orchidées locales. Soixante-cinq espèces sont répertoriées en Aquitaine ; la Dordogne en compte quarante-quatre dont trois espèces disparues. Ces plantes « mythiques », indicatrices de la bonne qualité des milieux naturels, suscitent de plus en plus l’intérêt du grand public. Difficile de les confondre avec une autre plante tant leur délicatesse attire l’œil du promeneur.

Ces fleurs discrètes et fascinantes fuient les zones de culture intensive pour se réfugier sur les causses calcaires et les prairies naturelles, qu’elles soient sèches ou humides. Les activités humaines sont en grande partie responsables de leur déclin le fauchage systématique des bords de route, l’exploitation forestière, voire agricole, et la tonte précoce.

La forêt accueille elle aussi des orchidées typiques de ce milieu. Elles survivent grâce aux réserves accumulées dans leurs organes souterrains et tirent leur nom, pour certaines, de la ressemblance de leurs tubercules à des testicules (orchis en grec) ; elles portaient jadis le nom de « couillons ». Chaque année, la plante produit un nouveau tubercule qui peut cependant disparaître, victime des mulots et des campagnols qui en raffolent !

Heureusement, la nature a également prévu la reproduction sexuée. La fécondation croisée étant la plus performante, il fallait faire intervenir les insectes (lépidoptères et hyménoptères).

Les orchidées produisent du nectar et imitent des insectes femelles nectarifères, invitant ainsi les mâles à tenter une copulation avec la fleur (ce sont plutôt des Ophrys). Elles excellent donc dans l’art du leurre et de la tromperie et le flirt se révèle productif. La fleur produit des milliers de graines minuscules sans aucune réserve nutritive, dont très peu germeront. Ces graines ont besoin d’un milieu favorable susceptible de leur fournir les moyens de se développer grâce à la présence de minuscules champignons.

Cette association, nommée mycorhize, permet la multiplication des tissus de la graine et entraîne la formation de racines. La plante reçoit du champignon les substances minérales afin de former une nouvelle plante.

Depuis une dizaine d’années, je balise un sentier botanique des orchidées sauvages dont le départ se situe à l’extrémité du pont de Lalinde, côté Saint Front. Sur deux kilomètres on peut découvrir dix à douze espèces, ce qui est bien pour un simple coteau calcaire. La meilleure période pour les observations se situe de mi-avril à fin juin. Convaincre riverains et faucheurs de retarder la tonte à cette période reste une difficulté importante. Afin de sensibiliser la population, nous avons installé un panneautage : « Fauchage tardif = nature protégée » et « Un carré pour la biodiversité » allant dans le sens de l’engagement de la municipalité de Couze et Saint Front dans l’Agenda 21.

Ophrys mouche (Ophrys insectifera) et papillon zigène, Photo Pierre Boitrel

Ophrys mouche (Ophrys insectifera) et papillon zigène, Photo Pierre Boitrel

Texte Serge Fagette, naturaliste à la SEPANSO – Photos Pierre Boitrel


Règlementation relative aux espèces protégées

JORF n°104 du 4 mai 2002, page 8525, texte n° 231 : Arrêté du 8 mars 2002 relatif à la liste des espèces végétales protégées en région Aquitaine complétant la liste nationale, article 2 : « Afin de prévenir la disparition d’espèces végétales menacées et de permettre la conservation des biotopes correspondants, sont interdits, en tout temps, sur le territoire du département de la Dordogne, la destruction, la coupe, la mutilation, l’arrachage, la cueillette ou l’enlèvement, le colportage, l’utilisation, la mise en vente, la vente ou l’achat de tout ou partie des spécimens sauvages des espèces ci-après énumérées… ». Ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement.


Les six orchidées figurant sur la liste des espèces végétales protégées en Dordogne sont : la céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera damasonium), la gymnadénie odorante (Gymnadenia odoratissima), la néottie nid-d’oiseau (Neottia nidus-avis), l’ophrys abeille sous-espèce de Botteron (Ophrys apifera), l’orchis des marais (Orchis palustris) et l’orchis singe (Orchis simia).


Cet article a été publié dans le numéro 3 du magazine « Secrets de Pays ».

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