Le lac de L’Escourou : un magnifique plan d'eau

Lac de L’Escourou

Dame Nature y a son mot à dire !

Créé pour assurer la réalimentation du Dropt et subvenir aux énormes besoins en eau des maïsiculteurs de l’aval, le lac de l’Escourou(1) a également pris sa place parmi les attraits touristiques du Pays d’Eymet(2), devenant site de promenade, de détente ou de pêche pour les humains, et halte appréciée des oiseaux(3) ! C’est pourquoi un parcours naturaliste y a été installé.

Histoire d’un réservoir

On a peine aujourd’hui à imaginer qu’ici, il y a un quart de siècle, des vaches broutaient sur des prairies que traversait un petit ruisseau, l’Escourou, lequel marquait alors la « frontière » entre Eymet et Soumensac, entre Dordogne et Lot-et-Garonne. Paysage éminemment bucolique, ceint de modestes coteaux formant une dépression suffisante pour intéresser des hydrauliciens en quête de lieux de stockage… Leurs études préalables datent des années 80, le premier coup de pioche de juillet 1993. Il est suivi, en 1994, du ballet de gigantesques engins décapant les sols, charriant roches et terre argileuse pour édifier la digue aval (équipée d’un déversoir acheminant le trop plein vers le Dropt) et la digue amont, laquelle sépare deux plans d’eau : le grand lac de l’Escourou et le petit.

La route Eymet/Soumensac emprunte cette digue amont qui, elle aussi, a été dotée d’un déversoir assurant au petit lac un niveau constant et permettant au surplus d’eau de passer vers le grand – lorsque le niveau est identique des deux côtés, le plein est fait ! Le grand lac s’étale alors sur 130 hectares et retient 8,3 millions de m3 d’eau ! De quoi susciter des envies…

L’Escourou, un terrain de jeu ?

Depuis sa mise en eau, en 1995, le lac est dédié à la réalimentation du Dropt et à l’irrigation, confortant ainsi la rivière dans un bien triste rôle de « tuyau d’arrosage »… Toutefois, l’attrait touristique du lac ayant été vite mis en évidence, on édicta quelques règles : véhicules à moteur interdits sur les sentiers, barques à moteur électrique seules autorisées, délimitation des zones de pêche… Malgré les envies de certains de faire du site une base de loisirs, il n’a jamais été question ici de guinguettes, de structures d’hébergement ou d’activités sportives – du moins jusqu’à aujourd’hui… Tout juste admet-on une journée « Babyski » par an et quelques séances d’entraînement pour des clubs nautiques.

Le lac n’est donc pas devenu terrain de jeu… Sauf pour une activité spécifique nous renvoyant au chemin qui reliait les hameaux de Terrade et Roche et au pont qui franchissait le ruisseau l’Escourou. Lors de la mise en eau, chemin et pont furent engloutis, mais à très faible profondeur. Le jour où la Sécurité Civile décida d’envoyer les Canadair de la base de Mérignac pour mener des essais, il fallut d’abord démonter les garde-corps du pont afin d’éviter tout incident lors de l’écopage ! Depuis, pendant quelques heures chaque année, on peut assister à une valse aéronautique aussi insolite qu’admirable au-dessus du lac !

Le parcours naturaliste

L’Escourou figure parmi les plus grands réservoirs artificiels d’Aquitaine – et il est certainement l’un des plus beaux ! Il s’inscrit en effet dans un superbe écrin végétal d’où émergent quelques hameaux de charme. Bois, bosquets, prairies et coteaux secs préservés laissent à penser qu’ici, Dame Nature a (encore) son mot à dire… C’est pour mieux faire connaître ses trésors que les stations d’un sentier de découverte ont été installées en 2015/16 sur un kilomètre environ, le long de la rive eymétoise du petit lac. Elles servent désormais de support à nombres de sorties naturalistes.

Le panneau d’accueil est installé sur l’aire de stationnement, côté Saint-Sulpice. Il est suivi, à quelques dizaines de mètres en contrebas, d’un ponton handi-pêche joliment dessiné et d’un panneau consacré aux poissons du lac.

Tout près de là, des cubes à aligner sur une colonne proposent d’associer des oiseaux à leurs pattes et becs respectifs. Et on nous livre les clés pour identifier les oiseaux par la silhouette, les couleurs ou l’habitat, ainsi qu’une recommandation pour la suite de la visite : mettre tous ses sens en éveil et se faire discret !

Plus loin, une station permet de faire le tri entre les oiseaux qui fréquentent le lac toute l’année ou seulement à certaines périodes – une centaine d’espèces y ont été décomptées : une diversité plutôt réjouissante, mais qui ne saurait cacher la fragilité de ce paysage ornithologique et doit inciter à sa protection. Les migrateurs hivernants comme la sarcelle d’hiver en provenance d’Europe du Nord passent la mauvaise saison au lac. Pour les migrateurs de passage (chevalier, grue, cigogne, balbuzard…), le plan d’eau constitue une halte fort utile. Si les oiseaux en migration pré-nuptiale de printemps ne s’attardent guère, ceux qui pratiquent la migration post-nuptiale de l’automne prennent plus volontiers leur temps. Quant aux migrateurs nicheurs (huppe, loriot, rossignol…), ils débarquent au printemps pour se reproduire et élever leurs rejetons avant de repartir à l’automne. Enfin, les sédentaires passent leur vie entière au lac : c’est le cas du héron, du martin-pêcheur ou de la poule d’eau.

Ensuite, deux colonnes de cubes à aligner vous attendent : l’une est consacrée à la prairie que longe le sentier, un écosystème favorable aux orchidées. Il y est question des troublantes stratégies de pollinisation utilisées par ces plantes étonnantes. L’autre colonne fait le lien entre la haie qui borde le lac et certains oiseaux. Le faucon crécerelle s’y perche tout en haut, afin de surveiller son territoire. La fauvette à tête noire s’y cache pour se nourrir ou donner son magnifique récital. Et le martin-pêcheur fréquente les branches basses, juste au-dessus de l’eau, pour mieux fondre sur le menu fretin qui passera à portée…

Non loin de là, une station montre les aspects que prend le lac au cours de l’année : paysages, végétaux, comportement des animaux, tout change au fil des saisons.

Puis, à l’approche des deux huttes d’observation, on nous invite à faire silence. À ce prix, au bout de vos jumelles, vous verrez sans être vu les hérons, canards, cormorans et autres bécassines se partager une zone où la hauteur d’eau est faible, à l’embouchure du ruisseau l’Escourou. Ici, il y a souvent affluence ! Et l’on peut également observer de grosses carpes qui, à l’époque du frai, se font impudiques !

Plus loin, une station présente différents habitats, notamment les bois et prairies, les milieux agricoles et l’intéressante zone humide de la queue du lac, riche de sa ripisylve et de sa roselière. Cet endroit accueille moult espèces qui y trouvent le gîte et le couvert : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, insectes… Aurez-vous la chance d’y découvrir le nid délicat que la rousserolle tisse autour de tiges de roseau ? Et pourquoi pas voir ce même nid squatté par un oisillon braillard, bien plus gros que son hôte : la rousserolle figure en effet parmi la quarantaine d’espèces d’oiseaux parasitées par le coucou.

Enfin, au-delà de la roselière, le dernier panneau du parcours est consacré à la vie nocturne au lac : à la tombée de la nuit, la hulotte vient y chasser le mulot tandis que le renard, le sanglier ou le blaireau partent en maraude. Cette station évoque aussi les dames de la nuit : deux espèces de chauves-souris ont élu domicile dans les galeries du touron de Saint-Sulpice, classé zone Natura 2000, à quelques centaines de mètres du lac. L’été, au coucher du soleil, le rhinolophe euryale et le vespertilion à oreilles échancrées nous offrent un remarquable numéro de voltige aérienne tout en se gavant de moustiques – saluons ce geste salutaire pour notre santé !

Gérard Lallemant

Merci à celles et ceux qui ont contribué à l’illustration de ce texte.


Notes :

  • (1) « Lac du Lescourroux » est le nom de baptême officiel du plan d’eau… Sachant qu’il tire son nom du ruisseau qui l’alimente, il eût été tellement plus logique d’adopter l’orthographe Escourou de la carte IGN — ce que nous avons fait !
  • (2) Accès au lac de l’Escourou depuis Eymet : D18 vers Sainte-Foy-la-Grande. À la sortie d’Eymet, D25E vers St-Sulpice et Soumensac.
  • (3)Pour les passionnés d’avifaune : « Les oiseaux d’eau observés au lac de l’Escourou de 1995 à 2013 » par Jean-Claude Bonnet, LPO.

Crédit Photos :

  • La vallée de l’Escourou « avant », novembre 1989.
  • Au loin, Soumensac. © P. Bacogne
  • Le lac au fil des saisons : la roselière en hiver. © G. Lallemant
  • Début d’automne : le lac en majesté. © J. Chèvre, LPO
  • Une orchidée au nom « amusant », peu commune dans la région : l’orchis homme-pendu. © G. Lallemant
  • Écopage, largage… Une escadrille de Canadair à la parade. © G. Lallemant
  • Le ponton, premier poste d’observation du parcours. © G. Lallemant
  • Des stations ludiques et pédagogiques. © P. Bacogne
  • Pour faire le lien entre la haie et certains oiseaux. © G. Lallemant
  • Le paneau d’accueil. © S. Lallemant
  • L’approche des huttes d’observation se fait en silence… © S. Lallemant
  • Affluence à la queue du lac ! © S. Lallemant
  • Fauvette à tête noire. © Y. Martin, LPO
  • Le héron cendré, un habitué du lac. © Y. Martin, LPO
  • Chevalier cul-blanc. © Ch. Garcia, LPO
  • Bécassine des marais. © Ch. Garcia, LPO

Cet article a été publié dans le numéro 14 du magazine « Secrets de Pays ».

Vous pouvez vous le procurer en consultant la boutique du site…

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