La carrière de quartz blanc de Saint-Paul-la-Roche

Saint-Paul-la-Roche, sa montagne de quartz et sa pyramide de cristal de roche, sa maison des Templiers, son Géosite pour apprentis géologues : c’est tout cela ce coin de Périgord où l’on parle de centaines de millions d’années pour les roches et d’une petite centaine simplement pour l’extraction du minerai.. Une monographie – éditée aux Éditions Esprit de Pays – retrace l’épopée de cette carrière exploitée, sans discernement, pendant environ un siècle… (1)

Entre Thiviers et Jumilhac-le-Grand, un petit village semble vivoter sous le doux climat périgourdin : c’est Saint-Paul-la-Roche. Ignoré des touristes, il a pourtant vu passer des savants du monde entier. Son trésor : un gisement de quartz réputé comme l’un des plus purs au monde. Cette montagne de quartz était connue sous le nom de « Roche-Blanche ». Il fut exploité jusqu’au trognon pendant un siècle ; l’activité s’arrêta à la fin de l’année 1995. Cet étonnant et exceptionnel monolithe fit longtemps face à une « Roche-Noire », un autre géant minéral de serpentine situé près des confluents de la Valouze et de la Rochille, « sorte de frère de pierre, comme il y a des frères de lait », pour reprendre l’expression que Michel Grégoire utilise dans son livre Périgord, 100 lieux pour les curieux. Deux petits kilomètres les séparaient…

Si l’on en croit Chantal Tanet et Tristan Hordé, le latin rupes « roche » traduit l’occitan ròca qui désigne un château bâti sur une butte ; il a été francisé en roche. D’après ce qu’ils écrivent dans leur Dictionnaire des Noms de Lieux du Périgord, Saint-Paul-la-Roche devrait son nom à la présence d’un château, sans préciser lequel… (2) Pourtant, l’évocation de Saint-Paul-la-Roche est bel et bien indissociable de la « Roche-Blanche », une carrière de quartz blanc dont la réputation dépassa de très loin les frontières du département. Dans son œuvre intitulée L’ancien et le nouveau Périgord (1884-1892), l’abbé Brugières précise, tout en craignant « que l’industrie les fassent disparaître », que ces deux monuments sont « les deux plus grandes curiosités de la région ». De la « Roche-Noire » il ne reste plus la moindre trace, tandis que de la « Roche-Blanche » subsiste quelques blocs de quartz épars, perdus dans les herbes folles…

Saint-Paul-la-Roche au centre d’une controverse

Le quartz de Saint-Paul-la-Roche a longtemps fait l’objet d’une controverse : ce gisement a été considéré, par analogie avec le gisement voisin de Rochechouart, comme une impactite résultant du choc apocalyptique d’une météorite. Aujourd’hui, les experts pensent qu’il est d’origine terrestre et qu’il s’inscrit dans le métamorphisme hercynien de la région. Saint-Paul-la-Roche, est pour ainsi dire à la porte du Massif Central. La lave a dû couleur jusque-là ; un amas de roches éruptives s’est sans doute cristallisé sous la pression, à de hautes températures, dans les entrailles de la Terre. Il se serait dégagé par la suite, petit à peu, sous l’effet de l’érosion, pour, un jour, se dresser au-dessus du sol…

Une montagne de quartz à la campagne

Imaginez un cône tronqué, grossièrement hexagonal à la base, dont la circonférence mesurait environ 150 mètres, d’un diamètre et d’une hauteur de 30 mètres… une véritable montagne à la campagne, constituée de milliers de tonnes d’un quartz d’une pureté exceptionnelle ! Dominant la Rochille, un affluent de l’Isle, la plateforme sommitale était assez large pour accueillir plus d’une centaine de personnes. Pour exploiter le filon aussi loin que possible, les carriers ont creusé jusqu’à sa base, une dizaine de mètres au-dessous du niveau sol.

Ce quartz est exceptionnel à plus d’un titre… Il est pur à 98 %, tout du moins dans les parties les plus basses de la carrière, celles-ci n’ayant pas subi les altérations provoquées par les infiltrations millénaires ; d’autre part, sa structure clivée est extrêmement rare. Elle confirme par ailleurs l’hypothèse d’une cristallisation produite sous pression, dont l’origine serait purement tectonique : rien à voir avec un impact météoritique ! Venant corroborer cette conclusion, on a découvert à Cassongue, en Angola, un autre filon de quartz clivé, similaire en tout point à celui de Saint-Paul, alors qu’aucun impact météoritique n’a été décelé dans la région. En dernière analyse, la proximité du filon de Saint-Paul-la-Roche avec l’astroblème de Rochechouart serait donc purement fortuite.

Le front de taille de la carrière de Saint-Paul-la-Roche et le cristal de roche monumental

Un cristal de roche monumental

Outre un quartz laiteux fort apprécié pour sa pureté, la « montagne » de Saint-Paul-la-Roche livra de très beaux cristaux de roche, vraie silice à l’état naturel. Sans rentrer dans les détails, on se contentera de dire que le cristal de roche est comme la quintessence du quartz, et qu’il se réfère à la pureté suprême. Saint-Paul-la-Roche a connu son heure de gloire lorsque fut découvert, en 1975, une pyramide de cristal de roche ayant la forme d’une pointe de diamant qui mesurait plus de 3 mètres de haut, et dont le poids fut évalué à 20 tonnes… C’est le plus grand cristal de quartz connu à ce jour.

La presse nationale et la télévision en ont abondamment parlé. Sur la photo d’archives, on voit très bien la pyramide terminale du cristal, ainsi que le départ du prisme hexagonal comportant six faces. Ce cristal, pourtant exceptionnel, a complètement disparu, au même titre que le quartz de la carrière. Ce phénomène géologique que l’on a souvent qualifié d’unique au monde aurait dû être préservé ! Tel avait été le souhait du Muséum d’Histoire Naturelle à Paris qui s’était proposé de l’exposer à Paris, mais le propriétaire de la carrière décida que ce joyau né à Saint-Paul devait y rester. Finalement, la pyramide de cristal ne put être préservée, car son maintien gênait l’exploitation de la carrière. C’est ainsi que le propriétaire finit par donner l’ordre, sur un coup de tête, de la dynamiter. C’est ainsi que des impératifs économiques eurent raison d’elle… au mépris de l’intérêt scientifique !

Une exploitation (trop) intensive…

Le quartz de Saint-Paul-la-Roche a retenu l’attention des premiers porcelainiers limougeauds. D’une façon générale, l’ajout de quartz dans la pâte de porcelaine rend celle-ci plus résistante, mais le quartz de Saint-Paul, de par sa pureté irréprochable, a également contribué à la production d’une porcelaine de qualité, particulièrement blanche.

Si l’exploitation de la carrière de Saint-Paul-la-Roche débuta vers la fin du XIXe siècle, celle-ci resta artisanale pendant plusieurs décennies. Les anciens du village gardent le souvenir d’un char tiré par une paire de bœufs qui prenait régulièrement la direction de la gare de Combières, chargé de blocs de quartz. De là, la cargaison prenait la direction de Saint-Yrieix et Marconiac, pour y être concassée et, ensuite, acheminée vers les usines de kaolin d’Aix-sur-Vienne. Ce n’est que dans les années 1930 que les carriers ont rationalisé l’extraction du quartz. Puis, dans les années 1960, l’exploitation de la carrière s’est industrialisée sous l’impulsion de la Société KPCL, avec pour PDG Daniel Vandermarcq.

C’est également à cette époque que l’on prend réellement conscience de l’exceptionnelle valeur du quartz de Saint-Paul-la-Roche et, peu à peu, on le destine à des usages autres que la fabrication de porcelaine qui, elle, peut se contenter du sable blanc de Nemours. C’est ainsi que la KPCL se rapproche des sociétés Sovirel, Pilkington, Corning France et Corning USA. Le temps du gaspillage est enfin révolu ! Désormais, le quartz de Saint-Paul sera majoritairement destiné à des usages bien plus nobles. Il sera livré sous la forme de poudre blanche, à la granulométrie finement calibrée et au taux d’humidité rigoureusement contrôlée… Des industries de pointe comme celles de l’optique et de l’électronique s’intéresseront tout particulièrement au quartz de Saint-Paul-la-Roche. Il permettra la fabrication de verre de silice d’une exceptionnelle pureté que l’on réservera à la production de verres d’optique pour matériels de précision : périscopes, lasers, miroirs des télescopes… C’est ainsi que le quartz de Saint-Paul aurait été retenu par les spécialistes de Cap Kennedy dans le cadre du programme Apollo 8. On dit même qu’il aurait été utilisé pour la fabrication des hublots de la fusée.

Il est fort regrettable qu’un quartz aux propriétés aussi exceptionnelles ait été si longtemps gaspillé. Rendez vous compte : on l’a même utilisé pour gravillonner les chemins de terre, les cours intérieures et les parterres de cimetières… alors que, de tout temps, il aurait dû être réservé à des usages autrement plus spécifiques !

Fin de carrière…

Saint-Paul-la-Roche n’a plus de roche que le nom ! Ce rocher, presque unique au monde, n’est plus qu’un souvenir. Il aura fallu seulement un siècle pour épuiser, jusqu’au trognon, ce gisement qui fut un phénomène géologique unique au monde. Fin 1995, l’exploitation de la carrière prenait fin… Depuis, il ne reste plus que quelques blocs épars, perdus dans les herbes folles.

Fondée en 1996 dans le but de pérenniser la mémoire de la « Roche-Blanche », les membres de l’association « Les Amis de La Roche-Blanche » ont aménagé un Géosite, dans lequel on peut admirer une sculpture qui rappelle le cristal de roche géant qui fut découverte en 1975. Lieu de détente et d’informations géologiques, le Géosite se fonde, d’une part, sur un jardin de pierres dans lequel est présentée une collection de substantiels échantillons de roches provenant de l’ensemble du Périgord Vert, et d’autre part, sur un chemin de découverte. Ce parcours pédagogique – formant une boucle d’environ 3 km – relie tous les points d’intérêt disséminés dans le bourg et autour, en passant, bien évidemment, par le site de l’ancienne carrière de quartz. L’accès à cet ensemble est gratuit et ouvert, toute l’année, à tout public…

Des découvertes surprenantes…

Aux environs de l’année 1930, au cours de l’exploitation, plusieurs squelettes furent mis au jour. Un instituteur du village entreprit l’étude des squelettes et il arriva à la conclusion qu’il s’agissait de squelettes de Templiers. Ils étaient dans des sortes de sarcophages maçonnés, en pierre ordinaire, le dessus étant recouvert de pierres plates formant dalles. Une place était aménagée pour la tête, qu’une autre pierre soutenait. Logés dans les failles naturelles de la « Roche-Blanche », les sarcophages faisaient face au soleil levant. Ces templiers, maîtres des finances et de la connaissance avaient sans doute perçu le côté exceptionnel du lieu…

Mais ce n’est pas tout : d’autres squelettes furent exhumés de l’ancien cimetière, devenu aujourd’hui une prairie. Situé derrière la petite chapelle édifiée au bord du chemin menant à la carrière de quartz, on devine à peine la fonction primitive de ce terrain, pourtant décelable à la forme bosselée du terrain. Faisant face à l’Est, les squelettes reposaient dans des sarcophages en pierre calcaire, avec une pierre sous la tête. Des dalles de couverture étaient empilées derrière une petite chapelle.

Enfin, lors des travaux de rénovation de la maison du Commandeur du Temple de Saint-Paul-la-Roche, il a été trouvé un sarcophage avec la croix pattée templière. L’édifice, construit entre les XIIe et XVIe siècles, est l’unique vestige de cette commanderie templière qui fut l’une des plus importantes de la région.

La commanderie templière de Saint-Paul-la-Roche

Vers 1140, Guy Flamenc de la Roche-Saint-Paul, fils de Hélie Flamenc, le premier seigneur du château de Bruzac (Saint-Paul-la-Roche relevant de la seigneurie de Bruzac) fait don de terres et de bois aux Templiers, arrivés en Périgord en 1138. Ils édifient une commanderie qui devient rapidement l’une des plus importantes de la région. Le 13 octobre 1307 est une date sombre pour les Templiers de France qui sont arrêtés sur ordre de Philippe IV le Bel. Ceux de Saint-Paul-la-Roche et leur commandeur, Bernard de Villars (1271-1311) n’échappe pas à ce qui fut la première rafle policière française à avoir été planifiée. Ils sont arrêtés par les soldats du sénéchal du Limousin, et emmenés à Limoges. Vers 1316, les biens des Templiers de Saint-Paul-la-Roche sont confisqués et attribués aux Hospitaliers rattachés à la commanderie de Condat, grand prieuré de Toulouse. Lors des Guerres de Religion, la commanderie est dévastée par les calvinistes qui incendient les bâtiments. Les biens qui ont été épargnés sont finalement vendus à la Révolution.  (1)


Un livre souvenir :
« La Pyramide de Cristal de Saint-Paul-la-Roche »

Quel lien existe entre un ancien carrier de Saint-Paul-la-Roche, les ordinateurs californiens de la Silicon Valley (silicium se dit « silicon » en anglais), un chaman aborigène maniant le cristal de roche, des montagnards bavarois pistant le quartz fumé des Alpes, ou un touriste stupéfait devant une forêt pétrifiée « au silicium » d’Arizona ? Alain Bernard et J.F. Tronel répondent à cette question, et à bien d’autres, dans un livre intitulé « La Pyramide de Cristal de Saint-Paul-la-Roche » ; publié aux Éditions Esprit de Pays, vous pouvez l’obtenir en nous contactant par mail à cette adresse : contact@espritdepays.com.

Fiche technique de l’ouvrage
  • Format : 14,8 x21 cm. Nombre de pages : 84. Impression : quadrichromie. Reliure : carré collé.
  • Thème : l’histoire d’une ancienne carrière de quartz blanc, l’un des plus purs au monde ; elle fut exploitée sans discernement, pendant un siècle.
  • Contenu : ce livre retrace l’histoire de Saint-Paul-la-Roche et de sa carrière de quartz blanc (l’un des plus purs au monde), dans laquelle fut découvert un cristal de roche monumental. Fin 1995, après un siècle d’exploitation intensive, toute activité cessait… Il ne reste plus que quelques blocs de quartz épars, perdus dans les herbes folles. Aujourd’hui, Saint-Paul-la-Roche n’a plus de roche que le nom ! La « Roche-Blanche », un monolithe minéral haut de 30 mètres, phénomène géologique unique au monde, n’est plus qu’un souvenir. Cette monographie propose une étude du contexte géologique, historique, culturel et touristique de ce petit coin de Périgord vert. En annexe, de nombreuses illustrations dont le schéma d’exploitation du quartz pour l’industrie…
  • ISBN : 978-2-9560026-1-1. Parution : avril 2017. Prix public de vente TTC : 11,90 €.

Pour le commander, contactez-nous par e-mail à cette adresse : contact@espritdepays.com
Vous pouvez télécharger notre Bon de Commande, l’imprimer, le remplir et nous le retourner…

« La Pyramide de Cristal de Saint-Paul-la-Roche », un livre d'Alain Bernard et JF Tronel, aux Éditions Esprit de Pays

Notes :

  •  (1) La Pyramide de Cristal de Saint-Paul-la-Roche, Alain Bernard et J.F. Tronel, Les Éditions Esprit de Pays, Lembras, 2017.
  •  (2) Dictionnaire des Noms de Lieux du Périgord, Chantal Tanet et Tristan Hordé, Éditions Fanlac, Périgueux, 2000.
  •  (3) Le Géosite de Saint-Paul-la-Roche est géré par l’association « Les Amis de La Roche-Blanche », qui a été créée en 1996. Un livret explicatif est à retirer à l’Office de Tourisme [+33 (0)5 53 52 55 43] ou à la Mairie.

Crédit Photos :

  • Coll. Madame Porcherie.

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