Le passé industriel de Couze

Le village de Couze au riche passé industriel. © Coll. Françoise Cheyrou
L’association nationale « Notre Village », reconnue par le ministère de l’Écologie, aide les communes rurales de moins de 3 500 habitants à mettre en place un Agenda 21 (plan d’action pour le XXIe siècle aux dimensions sociales, économiques et environnementales) et les accompagne dans l’élaboration de leur programme d’actions. Couze et Saint Front a ainsi obtenu ce label « Notre Village Terre d’Avenir » en novembre 2010.
Couze et Saint Front, en occitan Cosa e Sent Front, s’étire au long du petit cours d’eau du même nom. Bien connue pour la qualité exceptionnelle de ses eaux, la rivière Couze prend sa source à 30 km de là, près de Belvès, puis se faufile au cœur d’une nature sauvage et protégée pour rejoindre la rivière Dordogne à Couze. Accroché à la colline, surplombant la rivière tel un amphithéâtre, le village a su conserver son authenticité. Il offre un panorama superbe et porte au cœur de son histoire une tradition, celle du papier.

En sillonnant, au gré de balades, les multiples chemins, quelques vestiges se dévoilent à l’œil ! Depuis bien longtemps le château a disparu mais quelques pierres et tombes rappellent qu’il était bien là-haut, près du cimetière. Les carrières ont sombré dans l’oubli mais restent les témoins d’un passé actif allant de l’extraction de la pierre aux champignonnières ainsi qu’à la production de vin mousseux.

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Le passé industriel de Couze : Papeteries et chutes de la Couze

Des treize moulins répertoriés au 19e siècle, il en subsiste quatre : le moulin des Barreaux en pleine activité industrielle, celui de Larroque reconnu au niveau international pour son papier d’Art, le moulin de la Rouzique transformé en économusée du papier, le moulin des Guillandoux réhabilité par un particulier. Reste la friche industrielle jouxtant la rivière Dordogne. Aujourd’hui enfouis sous la végétation, « les Moulins du Port » demeurent les plus anciens de Couze. Ils ont maintes fois changé de propriétaires, et ont dû se reconvertir en moulins à foulon ou à blé afin de survivre à la mévente du papier. Touchés gravement par les inondations de 1768, les intempéries de 1770 et un incendie en 1781 au Moulin del Chay, ils ont, après restauration, perpétué leur activité.

Moulin Del Chay Est

Le passé industriel de Couze : Moulin Del Chay Est

L’industrialisation de la fabrication du papier n’a pas freiné leur reconversion. Il en reste aujourd’hui quelques traces (papeterie et filature), notamment celles liées à l’usage de l’énergie hydraulique.

Atelier de comptage des feuilles en 1944

Le passé industriel de Couze : Atelier de comptage des feuilles en 1944

Atelier de comptage des feuilles en 1960

Le passé industriel de Couze : Atelier de comptage des feuilles en 1960

La filature reste la moins connue. « C’était en 1945, j’avais 17 ans quand j’y suis rentrée, raconte Suzanne Coste-Barjou. Il y avait alors une dizaine d’ouvriers. À l’époque on ne nous déclarait pas ! Le métier me plaisait. Il y avait deux associés : M. Valade et M. Palisse. L’affaire marchait très bien. Certains agriculteurs apportaient la laine de leurs moutons qui leur était échangée contre des écheveaux de laine afin de les tricoter. J’y suis restée à peu près deux années. Je travaillais à la cardeuse ou à la fileuse. Un métier faisait les bobines et les écheveaux. Mettre en pelotes était l’affaire du client ! J’ai gardé un bon souvenir car nous étions une bonne équipe. J’ai fait mes débuts avec M. Porte qui connaissait la fabrication et la transformation de la laine. Il y avait M. Maceron à la retordeuse c’est-à-dire à la mise en bobines des fils. Denise Lacuerda, Lucienne Linares, Antoinette Lopez faisaient partie du personnel. M. Roques surveillait la machine à carder dirigé par Guy Chaverou.

Kléber Lafargue et M. Suarez étaient également aux machines. Lorsque toute la transformation de la laine était effectuée on formait des ballots qui étaient stockés au sous-sol, lieu de vente de la marchandise. Devant la porte, l’affluence était grande, parfois même la bousculade et des disputes ! Ces quelques souvenirs sont lointains mais soixante années se sont écoulées… »

Couze, « Terre de papetiers », conserve un extraordinaire patrimoine industriel. C’est un village qui cultive son passé de cité papetière tout en restant bien ancré dans le présent puisque récemment labellisé « Terre d’avenir ».

Françoise Cheyrou
Photos Françoise Cheyrou


Cet article a été publié dans le numéro 1 du magazine « Secrets de Pays ».

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