Beaumont du Périgord, l’authentique

Flâner dans les rues de la bastide de Beaumont renvoie immanquablement à son histoire. Ses 338 m de long et 137 m de large rendent sa lecture architecturale facile. Si vous la survoliez, vous auriez l’impression qu’elle ressemble à un échiquier dont chaque damier représente des îlots de maisons, avec un îlot central, la place, et un îlot excentré, l’église.

La bastide et ses origines

L’emplacement fut choisi par le prieur de Saint-Avit-Sénieur, l’abbé de Cadouin et le seigneur de Biron qui conclurent un contrat de paréage. Bâtie sur une colline où il existait déjà un lieu de vie, Beaumont fut fondé en 1272, par Lucas de Thaney, sénéchal en Guyenne du roi Edouard 1er  d’Angleterre. Des crieurs allèrent alors, au nom du roi, battre la campagne pour annoncer à son de trompe, qu’une ville nouvelle allait être construite. Ils promirent aux habitants liberté pour eux et leurs familles, droit de propriété et de culture de leurs champs, sans aliénation avec leur ancien seigneur. Très vite il y eut 1500 habitants. En 1277, la charte des coutumes est octroyée par Edouard  1er, roi d’Angleterre.

La Porte de Luziers, entrée de la cité médiévale

La Porte de Luziers et les remparts témoignent d’un système défensif encore bien conservé. On découvre aujourd’hui la rainure de la porte destinée au passage de la herse et les gonds installés tête-bêche pour éviter d’en démonter les vantaux.

Le carreyrou de « la rue Féliciane » ne laisse pas indifférent ! Seule traversière en espace vert, cette petite rue présente des maisons fortifiées, datant du XIVe, XVe et XVIe siècle, à mur écran aux larges baies ogivales défendues par des petites fenêtres pouvant servir de meurtrières.

Au XVIIIe siècle, à l’angle de la rue Ratier, la maison à pignon datant du XIVe fût l’hôpital de la ville, jusqu’en 1789. Ce type de maison avait pour nom hospice, maladrerie ou maison de charité. Ouverte aux malades et aux miséreux, elle subsistait grâce aux dons du clergé et seigneurs qui rivalisaient de zèle pour en soutenir la misère.

Les maisons bourgeoises étaient habitées par des hommes de lois, commerçants ou marchand vivant de leur rente. Parmi elles, l’échoppe médiévale de la rue Ratier : elle présente, en façade et en rez-de-chaussée, deux baies ogivales reposant sur deux piliers. Au 1er étage, les deux fenêtres séparées par un trumeau du XIIIe siècle sont surmontées d’anneaux destinés à recevoir une toile pour abriter l’étal de la boutique.

À deux pas, « la traversière » dont le nom rend hommage à un enfant du pays, l’Abbé Geneste. Très jeune, il entra au séminaire, y reçut la prêtrise, et devint archiprêtre. Une situation à la fois honorifique et lucrative pour l’époque. Fortuné, il se retira à Beaumont et fit l’acquisition d’une belle maison avec jardin où il vécut avec sa sœur Thérèse. En 1800, à la fin de sa vie, épuisé et souffrant, mais soucieux d’améliorer le quotidien des malades, il léga une somme d’argent et sa maison à la municipalité. Elle devint le nouvel hôpital de Beaumont (la mairie d’aujourd’hui) dont le service était assuré par des sœurs infirmières entièrement dévouées aux malades et nécessiteux.

Derrière, à la limite des fossés, les maisons situées non loin de l’église, dans un carreyrou nommé rue du Barry, étaient occupées par des ouvriers ou des artisans. Ces bâtisses modestes comptaient deux pièces : une pièce à vivre au rez-de-chaussée et une autre à l’étage pour y entreposer les récoltes.

L’église Saint-Laurent et Saint-Front, joyau du village

Le cœur du village est dominé par son église fortifiée de style gothique anglais flamboyant du XIVe siècle. Telle une citadelle, elle semble veiller sur la cité du haut de ses trente mètres. Le portail est l’un des plus beaux du Périgord. La frise historiée aux vingt-quatre pièces juxtaposées en fait sa fierté. Il est entouré de deux tours. Au nord, la tour à large créneaux abritait le clocher primitif et la tour sud, en maçonnerie pleine, munie d’un escalier en vis couronnée de mâchicoulis est éclairée par une fenêtre géminée. À l’intérieur, le puits primitif alimentait en eau la population et la garnison. La porte latérale est protégée à l’extérieur par une bretèche. On peut admirer sur le contrefort voisin, un cadran solaire et les vestiges d’une petite chapelle.

Face à la porte latérale de l’église, la rue Renarde traverse la ville du nord au sud, et invite à la rêverie. Ce carreyrou était délimité par une petite porte ogivale. Les imposantes portes des rez-de-chaussée font office de portes d’entrée principales des habitations. L’ouverture des commerces se faisait sur les grandes transversales où l’on trouvait alors tailleurs, barbiers, forgerons, tonneliers, tisserands. La rue se termine par une construction reliant les deux maisons (le pontet) ; cette excroissance privée sur le domaine public permet, le plus fréquemment, l’ajout d’une pièce supplémentaire à l’une des maisons porteuses, évitant à son propriétaire de payer l’impôt puisque le bâti n’est pas sur la chaussée !

La place et sa halle

La place centrale avait un rôle essentiel : c’était un haut lieu de commerce, d’échange, un centre artisanal où se croisaient des gens de toutes classes sociales. En aucun cas il était autorisé de négocier dans les rues. Son positionnement et son ampleur étaient révélateurs de l’importance accordée à sa fonction. La halle n’en est pas le moindre symbole. Démolie en 1864 par la municipalité de l’époque qui avait donné la priorité à l’installation de l’eau courante aux villageois, elle fut rebâtie à sa place initiale, en 2011.

Les maisons de pierre qui l’entourent offrent toute une série d’arcs qui jalonnent l’évolution architecturale des façades depuis le XIIIe siècle. Ses seize cornières ou arcades servaient à l’origine de promenoir. Actuellement il n’en reste que sept. Dès lors, les maisons ne se développent qu’en longueur ce qui implique des pièces successives : une boutique, une arrière-boutique et un premier étage réservé à l’habitat. À la création de la bastide, ces habitations sont le plus fréquemment séparées les unes aux autres par des andrones pour limiter la propagation d’un incendie, recueillir les eaux de toiture ou les eaux usées.

Située à l’angle de la place centrale, on peut encore admirer la plus ancienne maison à pans de bois, à porche ou arcade. Elle porte en façade, entre les deux fenêtres à l’étage, une croix de Saint-André dont les interstices étaient remplis de torchis comme la plupart des habitations d’alors. La couverture du toit à l’époque est faite de chaume ou de lattes de bois.

C’est sur la place du Pisadis (place d’armes), sise rue Foussal, que l’on donnait les instructions avant d’envoyer les guetteurs aux remparts pour occuper leur poste. Traditionnellement, c’est ici que les marchands de châtaignes déballaient leur marchandise.

Un peu plus haut, l’œil est attiré par la quincaillerie Bariat dont le magasin ouvre sur les deux rues principales, véritable échoppe d’art populaire depuis 1886.

En face, l’impasse de la rue des prisons témoigne de l’emplacement des geôles de la ville aménagées jusqu’après la révolution dans une des tours de la bastide, située aujourd’hui dans le parc de l’imposante demeure. En 1805, elles furent aliénées par un riverain de la rue pour mettre fin à l’insalubrité de l’impasse.

Un Beaumontois illustre : Léo Testut

À l’angle de la rue principale qui porte le nom d’Auguste Romieu, préfet de la Dordogne en 1838, une maison bourgeoise fut la demeure de l’illustre professeur d’anatomie Léo Testut dont les recherches font encore référence à la faculté de médecine, à Lyon. Il se passionnait pour sa commune et écrivit cinq volumes sur l’histoire de Beaumont. Cette demeure aux fenêtres à la Mansart et à la toiture aux girouettes fleurdelisées, présente une façade datant du XIIIe siècle. Dans le parc subsiste une des quatre tours défensives initialement situées à chaque point cardinal.

La rue Borgne, (celle qui n’avait qu’une sortie), d’où son nom, rejoint la rue Renarde qui amène au bâtiment tenu par la congrégation religieuse « les dames de la Foy », en 1700. Ces religieuses avaient pour vocation de donner l’instruction aux jeunes filles.

Riverain, le mur d’enceinte « le boulevard de l’Est » longtemps appelé « sous les fossés », confortait le système défensif. Rempli d’eau, il gênait l’ennemi et a subsisté jusqu’à la moitié du XIXe siècle. Il fut ensuite comblé et transformé en promenade.

Plus au nord de la bastide, la croix du malcontent fut érigée à l’endroit même où, selon la légende du Castelot, se trouvait le château d’un puissant seigneur ayant sous sa domination les seigneurs de Luziers, Bayac et de Bannes. Ceux-ci se révoltèrent, assiégèrent le château et y mirent le feu. La châtelaine tenta de s’enfuir par un souterrain mais fut prise par les insurgés et décapitée. Sa tête fut plantée sur un pieu et tournée vers le hameau qui s’élève non loin de là (cap Birat). L’expression a laissé son nom au quartier.

De ce point panoramique, on peut apercevoir la petite chapelle romane de Belpech du XIe siècle qui servait de halte aux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.

Le promeneur est loin d’imaginer aujourd’hui ces rues étroites et très sombres, parfois pavées, sans trottoirs, boueuses, avec des animaux en liberté, qui offraient un décor peu engageant. À l’époque on y jetait par la fenêtre les ordures et les eaux usagées (le contenu des pots de chambre) ce qui favorisait les épidémies. L’évacuation de ces eaux se faisait par une rigole en V, au milieu, et, de part et d’autre, la partie bombée permettait de ne pas souiller le bas des robes ou des poulaines en tenant le haut du pavé.

Passagers d’un jour, il est des lieux où l’on aime s’arrêter, où l’on souhaite demeurer. La petite ville de Beaumont du Périgord s’est offerte aux visiteurs par ses témoignages des siècles passés. Peut-être allez-vous l’aimer comme nous l’aimons et aurez-vous l’envie de découvrir son intimité. Ce sera pour elle une grande fierté…

Patricia Puyrigaud


Crédit Photos :

  • Photos aériennes : © Philippe Dufour
  • Autres photos : © ADT

Cet article a été publié dans le numéro 10 du magazine « Secrets de Pays ».

Vous pouvez vous le procurer sur la boutique du site…

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