Albert Claveille « fils de lui-même »

Modeste, travailleur, attaché à son terroir, cet ingénieur talentueux s’est élevé jusqu’aux fonctions les plus hautes de l’État. Que reste-t-il de lui dans la mémoire collective locale ? À Périgueux, un lycée professionnel porte son nom ; à Bergerac, un boulevard et un monument honorent sa mémoire… Cependant, l’œuvre de sa vie reste le barrage et l’usine hydroélectrique de Tuilières.

Un enfant du pays

Né le 1er janvier 1865 à Tuilières (commune de Mouleydier), Joseph dit Albert est le fils de Jean Claveille, natif de Neyraud à Mauzac et de Jeanne Germain, native de Tuilières. Son père est aubergiste à Mouleydier. Quant à son plus jeune frère, il sera garde éclusier à Tuilières. Le 22 avril 1886, Albert Claveille épouse Louise Emma Labarre, à Terrasson.

Il grandit dans une commune soucieuse de développer l’instruction selon la politique de Victor Duruy, ministre de Napoléon III. L’école primaire est encore payante et la dépense est lourde pour ses parents. À douze ans il obtient le certificat d’études, à quinze le baccalauréat es-sciences au lycée Henri IV. Issu d’une famille modeste, les revenus paternels ne lui permettent pas d’envisager des études supérieures. Albert entre alors au petit bureau des Ponts et Chaussées de Bergerac comme commis auxiliaire. Il a seize ans et se passionne pour le chemin de fer et l’électricité.

En 1882, il devance l’appel et effectue son service militaire à Bergerac. Il est nommé sous-lieutenant de réserve au 50e Régiment d’infanterie de ligne. Promu conducteur de travaux après son service militaire, il supervise la construction des voies ferrées Bergerac/Mussidan et Mussidan/Ribérac.

Photo d'Albert Claveille datant de 1917

Albert Claveille, Photo de 1917

Affecté en 1890 au Service Maritime de la Gironde, Albert en profite pour passer une licence es-sciences à l’université de Bordeaux. Il entre à l’école des Ponts-et-chaussées en 1896, en sort avec le numéro un en 1899 et est nommé ingénieur à Périgueux. De 1899 à 1903 on le retrouve chargé de la navigation de l’Isle, des tramways du département de la Dordogne et de la ligne Parcoul/Ribérac. De 1905 à 1909, il s’occupe activement de l’aménagement des forces hydrauliques de la Dordogne et réalise le barrage et la grande usine hydroélectrique de Tuilières.

Sa carrière d’homme politique

En 1904, il vient à Paris comme adjoint au directeur du personnel au Ministère des travaux publics, en devient directeur, puis prend la Direction des chemins de fer de l’État. À la mobilisation de 1914, Albert Thomas, alors sous-secrétaire d’État à l’artillerie et à l’équipement militaire, le prend comme secrétaire général, lui confie la Direction générale des fabrications d’artillerie. Le 1er septembre 1915, Albert Claveille est nommé président de la Commission des contrats, directeur général des fabrications de l’artillerie au sous-secrétariat d’État des munitions. Il faut des armes et les principales régions industrielles françaises sont occupées. Le gouvernement transfère alors des usines d’armement loin du front. Albert Claveille propose Bergerac où sont disponibles de vastes plaines, une voie ferrée, l’eau de la Dordogne et la belle centrale électrique toute neuve de Tuilières/Mouleydier. C’est ainsi qu’après avoir été le père de la centrale, il devient celui de la poudrerie de Bergerac, à 50 ans.

L’homme d’État

Le 1er novembre 1916, Albert Claveille est nommé directeur général des Transports et des Importations. Le 12 décembre suivant, il est nommé sous-secrétaire d’État aux Transports. Le 12 septembre 1917, il est propulsé ministre des Travaux Publics et Transports, puis de la Marine marchande, à partir du 5 mai 1919.

À l’origine, la statue de bronze est l’œuvre du sculpteur Alphonse Camille Terroir. En 1924, elle est érigée dans le Jardin Public de Bergerac. Enlevée par les Allemands en 1941, sa copie est réalisée par le sculpteur-modeleur bergeracois Jean Varoqueaux. Au pied de la stèle en granit, un ouvrier en salopette, musette posée à terre, montre en exemple à un enfant Albert Claveille, issu d’un milieu modeste et devenu sénateur et ministre de la République.

À l’origine, la statue de bronze est l’œuvre du sculpteur Alphonse Camille Terroir. En 1924, elle est érigée dans le Jardin Public de Bergerac. Enlevée par les Allemands en 1941, sa copie est réalisée par le sculpteur-modeleur bergeracois Jean Varoqueaux. Au pied de la stèle en granit, un ouvrier en salopette, musette posée à terre, montre en exemple à un enfant Albert Claveille, issu d’un milieu modeste et devenu sénateur et ministre de la République.

Républicain et ministre de gauche, il se présente à l’élection sénatoriale partielle de la Dordogne le 11 janvier 1920 et, dans la foulée, devient conseiller général de Domme et maire de Mouleydier, sa ville natale.

Sa carrière parlementaire sera courte, à peine 18 mois. « Simple et affable, il en imposait au Parlement par sa conscience et son labeur plus que par sa parole, car il n’était pas un homme de tribune. » En janvier 1921, lors des élections sénatoriales, les délégués de la Dordogne élisent Claveille à la quasi unanimité.

In memoriam

Le 6 septembre 1921, alors qu’il vient d’être nommé président de la Commission fluviale du Rhin, Albert Claveille décède subitement d’une crise cardiaque dans sa villa des Acacias, à Tuilières, à l’âge de 66 ans. « Son amour du terroir, sa bonhomie et sa serviabilité ne lui avaient conservé que des sympathies » relate Le Journal de Bergerac du 10 septembre 1921. Une foule estimée à 3 000 personnes assiste aux funérailles en l’église de Saint-Cybard. Il est enterré dans le cimetière de Mouleydier. Sa tombe mériterait quelques attentions. À l’annonce de son décès, le Président du Conseil et le Ministre des Affaires étrangères font mettre ses papiers sous scellés par le sous-préfet de Bergerac. Certains sont susceptibles d’intéresser les Affaires étrangères. Le Ministre des Régions libérées, Louis Loucheur, représentant le gouvernement, fera un discours élogieux transcrit dans Le Journal de Bergerac.

Photographie d'Albert Claveille placé sur le monument commémoratif érigé en son honneur

Photographie d’Albert Claveille placé sur le monument commémoratif érigé en son honneur

La ligne de chemin de fer de Ribérac à Bergerac n’existe plus depuis longtemps. La Poudrerie Nationale devenue Société Nationale des Poudres et Explosifs est bien malade. Seuls restent aujourd’hui le barrage, l’usine hydraulique de Tuilières et le monument sur lequel trône son buste, place de la République à Bergerac…

Ghislaine Faurie-Lajonie

Cet article a été publié dans le numéro 3 du magazine « Secrets de Pays ».

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