Les oiseaux estivants

Le climat et la diversité de nos paysages permettent chaque année à des millions d’oiseaux migrateurs de faire étape chez nous, pour notre plus grand plaisir. Les oiseaux visiteurs d’été sont, pour les novices, synonymes d’hirondelles. Depuis des siècles, les hommes attribuent des significations symboliques à leur comportement ; une symbolique multiple, à la fois signe de fidélité et de fécondité. Ainsi, l’hirondelle porterait bonheur en préservant de la foudre les maisons dans lesquelles elle s’installe ! Cependant, elle reste avant tout l’annonciatrice de l’arrivée du printemps.

Per la Chan-Jaougé l’hiroundelle vay é vé ! (Traduction du patois : pour la Saint-Joseph l’hirondelle va et vient – 19 mars). En Dordogne, nous en accueillons quatre espèces : l’hirondelle fenêtre, l’hirondelle rustique, l’hirondelle de rivage et l’hirondelle de rocher que l’on peut observer sur le clocher de Lalinde. Seule l’hirondelle de rivage creuse un terrier dans les berges effondrées. L’hirondelle rustique, probablement la plus connue, nichait autrefois sous les préaux de l’école de Lalinde, aujourd’hui obstrués. Elle effectue une distance incroyable de 15 000 kilomètres aller-retour entre la France et l’Afrique équatoriale

Parmi les nombreux autres migrateurs estivants, le coucou gris, dont tout le monde connait le chant. Il arrive d’Afrique du sud-est vers le mois d’avril, annonçant le printemps. L’observation de cet oiseau discret et assez farouche reste difficile. Les adultes partent dès juillet-août et les jeunes, élevés par des parents adoptifs, repartent en août-septembre.

Malgré l’or éclatant de son plumage, le loriot d’Europe n’est pas facile à détecter dans les feuillages d’où il ne sort guère. Bien souvent, il se signale grâce à son chant sonore et modulé (di de li o sifflé). Il hiverne en Afrique de l’est en passant par l’Italie, la Tunisie et le Kenya. Son nid est un véritable chef-d’œuvre : un hamac, construit par la femelle, fait de fibres, de lanières d’écorces, de laine et de toiles d’araignées solidement entrelacées.

La bondrée apivore arrive d’Afrique tropicale début mai et repart dès la mi-août. Pourquoi un arrivage si tardif ? Probablement en raison de l’abondance de sa nourriture de prédilection. Comme son nom l’indique, elle se nourrit essentiellement de couvains d’hyménoptères, de guêpes, d’abeilles sauvages et de frelons qu’elle déterre ou extrait des cavités des arbres. Son plumage, très dense, lui offre une protection contre les piqûres. Les jeunes naissent début juillet, période à laquelle les couvains, les œufs, les larves ou les nymphes qu’ils contiennent sont juste à point. Sa taille et sa ressemblance avec la buse variable peuvent nous tromper sur son identification.

La huppe fasciée, oiseau multicolore aux allures de papillon géant, tout comme l’hirondelle ou le coucou, nous annonce bien souvent le printemps avec ses houp houp houp doux et monotones. Migratrice, elle arrive dès fin février-début mars, et nous quitte en août-septembre. Elle hiverne en Afrique au sud du Sahara. Son régime alimentaire est très sélectif car il se compose uniquement de gros insectes comme les grillons et coléoptères de grande taille. Commune dans le sud du Périgord, elle vit dans les trous des vieux arbres ou des murs.

Le petit-duc scops est le plus petit des hiboux, de la taille d’un merle. Il revient du sud du Sahara fin avril. C’est le rapace nocturne des zones découvertes. Il ne niche que dans le sud-ouest du Périgord et ne craint pas de vivre au cœur des villages : Issigeac, Montaut… Lors des chaudes nuits d’été, sa voix nostalgique (tiou) note claire, flutée, et répétée à intervalles réguliers, s’élève dans ses zones de prédilection. Son nid se situe dans une cavité d’arbre, trou de mur, ou ruine. Les jeunes restent trois semaines au nid et repartent dans leurs quartiers d’hiver en septembre.

Le milan noir, notre vautour de la rivière Dordogne, répondant au nom scientifique de milvus migrans est un rapace diurne, grand migrateur. Il arrive chez nous début mars et repart dès août pour l’Afrique tropicale, après avoir élevé ses petits. L’espèce a besoin des plans d’eau de la plaine et de la Dordogne. Il niche en colonies : Couze, Pontours, cingle de Trémolat, cingle de Sors-Limeuil. Les pêcheurs et les gens de la rivière le connaissent bien et le voient souvent cueillir au ras de l’eau les cadavres de poissons, ou les poissons malades.  Charognes, rongeurs, reptiles, batraciens, mollusques, insectes, vers, oiseaux malades ou inexpérimentés sont au menu de ce piètre chasseur. Son rôle est néanmoins très important car il élimine les cadavres vecteurs de microbes pathogènes.

La cigogne blanche est enfin là ! Il y a longtemps que nous l’attendions en Périgord. Les sites de nidification ne sont pas encore dévoilés. Les vols au-dessus du Périgord sont discrets, sauf quand elle se repose sur un clocher ou sur un arbre dénudé. Elle arrive en mars pour nicher et repart en septembre vers l’Afrique australe et l’Espagne, pour hiverner. Après avoir failli disparaître de France, les populations se sont reconstituées grâce à d’importants efforts de protection et de réintroduction. C’est une des rares espèces en expansion.

Nous pourrions citer beaucoup d’autres oiseaux africains, notamment la bergeronnette printanière, le busard cendré, la caille des blés, le chevalier guignette, l’engoulevent d’Europe, le martinet noir, le petit gravelot, la pie-grièche écorcheur, le serin cini, le rossignol philomèle. Nous leur consacrerons une page dans une prochaine édition.

Tous ces oiseaux jouent un rôle important dans l’équilibre de nos écosystèmes périgordins. Préservons-les et favorisons le plus possible l’installation des nids d’hirondelles dans ou sur nos bâtiments. L’hirondelle rustique, par exemple, se trouve en grand danger de disparition sur de grandes zones…

La Mission Migration (www.migraction.net) et le LPO (www.lpo.fr), ouverts à tous, permettent de mutualiser les savoirs, partager les passions, et diffuser les connaissances sur les oiseaux migrateurs et les espaces dont ils dépendent.

Serge Fagette,
Naturaliste à la SEPANSO (Société pour l’Étude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest) et à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).


Cet article a été publié dans le numéro 6 du magazine « Secrets de Pays ».

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