Les bastides, des villes nouvelles du Moyen-Âge

Bastide de Monpazier © JF Tronel

L’ancienne province historique du Périgord – qui correspond à peu près au département de la Dordogne – va intégrer le mouvement de fondation des bastides afin d’affirmer, de chaque côté de la « frontière », les possessions du roi de France et celles du roi d’Angleterre, devenu en 1154 duc d’Aquitaine par le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt.

La deuxième moitié du XIIe siècle voit s’affirmer la volonté des deux souverains de marquer leurs possessions. Sur la période qui s’étend de la signature du traité de Meaux (1229) au début de la guerre de Cent Ans (1337), environ vingt-cinq bastides furent créées et dix-huit réellement achevées. La première fondation est celle de Villefranche [du Périgord], en 1261, et la dernière celle de Saint-Barthélémy [de Bellegarde], en 1316.

Naissance du mouvement de création des bastides

De l’An mil au début du XIIIe siècle, la population augmente très fortement dans l’ensemble de l’Occident latin. Cette explosion démographique s’explique par le retour d’une longue période de paix (les Croisades exportent la guerre en Orient) et la quasi-disparition des famines, du fait de l’amélioration des techniques agricoles. Le commerce se développe également sur l’ensemble du continent eurasiatique avec les routes de la soie et des épices venues d’Asie et la laine exportée d’Angleterre… Aux carrefours des routes commerciales, des villes et des bourgs nouveaux facilitent les échanges.

Aussi, à la fin de la guerre contre les Albigeois, une clause du traité de Meaux (1229) oblige le Comte de Toulouse et ses vassaux à détruire les murailles de leurs places-fortes tout en leur laissant la liberté de construire des villes neuves non fortifiées (pour permettre l’entrée éventuelle des troupes royales). La conjonction de ces faits déclenche le mouvement de création des bastides, le mot « bastide » prenant alors le sens de « nouveau peuplement ».

Dans le Sud-Ouest, ces villes neuves sont de différents types : des sauvetés liées aux monastères, des castelnaux sous la protection d’un château, et des bastides fondées à l’initiative des couronnes de France ou d’Angleterre.

Un plan adapté au commerce

La bastide a d’abord une vocation commerciale, ce qui explique qu’elle était, au départ, dépourvue de remparts ; beaucoup ne furent construits qu’au XIVe siècle, conséquence des conflits du début de la guerre de Cent Ans. La place est le cœur de cette ville nouvelle. Elle accueille une halle, souvent entourée de « couverts » rappelant la vocation première de l’agglomération. À partir de la place, le réseau orthogonal des rues trace un plan en damier. Les rues et les ruelles (les « carreyrous ») se coupent à angle droit et la surface des lots d’habitation ainsi que les hauteurs des maisons sont toutes d’égales dimensions. Enfin, d’étroits passages entre les façades (les « andrones »), servent de coupe-feu, de réceptacle des eaux de pluie et d’égouts.

Enfin, des personnalités émergent dans ces villes nouvelles :

  • Le bayle ou bailli représente l’autorité royale et les intérêts des fondateurs.
  • Les consuls, élus par la population (en général au nombre de six), administrent la ville.
  • Le notaire fait respecter les lois écrites.

© Jean-Jacques Saubi, photos de la bastide de Monpazier

Modernité des bastides

Les bastides placent la fonction commerciale au cœur d’une ville gérée par la société civile ; elles mettent en pratique une rationalité de l’impôt et prévoient son encadrement juridique. L’organisation de ces villes nouvelles est aussi un exemple de rationalisation de l’espace et d’aménagement durable d’un territoire, source d’inspiration pour les architectes et urbanistes d’aujourd’hui.

Texte : Jacky Tronel, Monpazier –
Photo aérienne © Jean-Jacques Saubi, photos de la bastide de Monpazier © JF Tronel
Texte rédigé à partir d’un document de présentation de l’Association des Bastides du Périgord dont le siège est à Monpazier.


À lire également sur notre site, notre dossier Les Bastides du Périgord


Cet article a été publié dans le numéro 10 du magazine « Secrets de Pays ».

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