Simone Grignon (1920-2003), La Dame d’Issigeac

Simone Grignon et sa classe de CM2 à l’école d’Issigeac, 1953, coll. Christian Nouaille.

Une rue Simone Grignon, située au cœur du bourg d’Issigeac, rappelle la mémoire d’une brillante enseignante qui fut une figure progressiste marquante du Bergeracois des cinquante dernières années, consacrant à sa terre d’origine une vie de combats au service de la liberté, des valeurs humanistes et de la poésie.

Une rétrospective organisée par le Syndicat d’initiative d’Issigeac, deux ans avant sa mort, rendait hommage à cette ravissante petite femme blonde et pétillante, dont l’accent rocailleux, qu’elle revendiquait avec fierté, trahissait les origines eymetoises. Enseignante et directrice d’école hors du commun, elle n’avait pas hésité, au lendemain de la guerre, à bousculer les traditions, pour mettre courageusement en pratique la méthode pédagogique Freinet, dans ce chef-lieu de canton rural dont elle serait conseillère municipale durant de longues années.

Itinéraire d’une femme libre

D’emblée, Simone Grignon avait été séduite par la pédagogie originale de l’instituteur Célestin Freinet, fondée sur une expression libre, des textes libres, des dessins libres. Centrée prioritairement sur l’individu, sa valeur éducative s’était très tôt révélée indiscutable favorisant une rapidité de la connaissance, une possibilité de réduction des lacunes, ainsi que l’acquisition pour l’enfant d’un bien-être personnel épanouissant.

La mise en pratique de méthodes aussi détonantes ne pouvait se faire sans de sérieux appuis de la hiérarchie et, pour affronter l’étonnement et peut-être la résistance des parents d’élèves, Simone Grignon allait bénéficier du soutien sans faille d’un inspecteur primaire bergeracois, M. Lamourane, dont l’intelligence et l’ouverture d’esprit lui permettraient d’aller au bout de son expérience et d’en récolter les fruits.

Vint alors, avec Simone Grignon, le temps pour Issigeac de la classe en extérieur, de l’abolition de l’estrade, du travail de groupe, de l’imprimerie, avec ses publications de textes et sa transcription de récits, de la coopérative scolaire, du journal mural, des contrôles en auto-correction et du jardin scolaire…

De nombreux élèves, aujourd’hui encore, parlent avec une gratitude émouvante de leur institutrice militante aux enthousiasmes inoubliables.

Dans le domaine associatif, Bergerac doit beaucoup à la novatrice qui avait participé à la mise en place du planning familial dès l’origine du mouvement. Retirée dans cette ville, elle continuait à y soutenir avec force ses idéaux politiques, et la cause des femmes (en particulier au sein du groupe de réflexion Condorcet.)

Très concernée par les problèmes liés à l’environnement et à la pollution de la terre, elle avait également contribué avec vigueur à la naissance et au développement de la Société crématiste bergeracoise.

Femme d’action et de convictions, Simone Grignon était aussi un auteur heureux. Au cours des quinze dernières années de sa vie, d’innombrables prix de poésie, glanés dans tout l’hexagone, lui permirent de s’illustrer, tout en servant le renom de la Société des Amis de la Poésie, dont elle était vice-présidente, et membre fondateur depuis 1964.

Poète lyrique, Simone Grignon, enfant des forces printanières, prenait possession du monde dans un flot d’énergie généreuse, où se mêlaient émotion et conscience, obsession de stabilité et hantise de l’esclavage, goût d’entreprendre et don pour la diversité. De tant de mouvements souvent contradictoires, cette nature vénusienne avait fait une cantate à la vie, un chant d’amour illuminé roulant tous les grands thèmes d’une aventure terrestre où l’être s’accomplit au travers du mystère et des souffrances qu’il implique. (1)

Quoi d’étonnant alors, si l’écriture de ce poète nous semble avant tout d’harmonie et de jaillissement ? Au-delà de son panthéisme naturel, la sincérité de ses témoignages s’accompagne d’une exigence de vérité qui se paie au prix fort, révélant les mobiles d’une existence qui secrètement, berçait en elle un noyau de douleur : la perte tragique de sa maman alors qu’elle n’avait que cinq ans.

Dans son souvenir Simone Grignon a enraciné sa personnalité, son indépendance, sa foi et ses combats. Rappelant obstinément des profondeurs de la nuit le visage adoré, elle relèvera sa mémoire en soupirant en son nom : « Ah aimer, oui aimer, et puis aimer encore / toute vie n’a de sens que l’amour qu’elle implore… ». Et n’aura d’autre but que de vivre pour elle, d’être libre pour elle, et d’avancer pour elle.

Inlassable pouvoir de régénération qui a nourri chaque frémissement de l’écriture de Simone Grignon, poète et femme-source d’un éternel printemps.


simone-grignon-lecture-poetique-1997

Sur le rebord de la fenêtre

Sur le rebord de ma fenêtre
Une main discrète a posé
L’humble bouquet de violettes
Encore humide de rosée

J’y cueille ainsi fruits et légumes
Les œufs frais, l’ail, le potiron
Et du persil qui me parfume
Au rythme des quatre saisons

Fleurit le lys, la marguerite,
Et la rose et le bouton d’or
Cette offrande grande ou petite
Est pour moi le plus cher trésor

Simone Grignon


Annie Delpérier


Cet article a été publié dans le numéro 7 du magazine « Secrets de Pays ».

Vous pouvez vous le procurer en consultant la boutique du site…

Notes :

  •  (1) Trois recueils poétiques de Simone Grignon édités par les Amis de la poésie : La gerbe déliée, Poèmes de l’amour épars, Issigeac mon village au cœur et un récit autobiographique : La boîte à boutons témoignent de la richesse et de l’ardeur d’une destinée que la poésie a toujours éclairée de sa grâce.

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