La couasne de la Banquette

Les bras morts, appelés « couasnes » sur la rivière Dordogne, sont des annexes fluviales correspondant généralement à un ancien lit de la rivière. Elles sont ainsi nommées car le courant n’y circule pas une majeure partie de l’année. Cependant, ces véritables bras de vie accueillent une faune et une flore riches et spécifiques tout en servant de zones de frayère pour de nombreuses espèces piscicoles….

Restauration écologique d’un bras mort de la Dordogne

Au cours des dernières décennies, de nombreuses interventions humaines ont eu pour effet de modifier la dynamique naturelle de la Dordogne (extractions de granulats en lit mineur, barrages hydroélectriques…). Ces divers facteurs ont provoqué un abaissement du lit du cours d’eau et limité sa tendance à méandrer, entraînant la création de nombreuses annexes fluviales tels que les bras morts.

De ce fait, il n’y a plus de création de nouveaux bras morts. Dans le même temps, l’évolution naturelle des couasnes existantes tend à la sédimentation (envasement), limitant ainsi les surfaces en eau utiles au frai. De surcroît, les marnages causés par les barrages hydroélectriques au printemps provoquent de fortes et rapides variations de hauteur d’eau pouvant entraîner la mise à sec des pontes au moment du frai de nombreuses espèces de poissons. Ainsi, même si ces frayères naturelles sont particulièrement attractives pour les poissons, elles s’avèrent néanmoins piégeuses par exondation des pontes et piégeage des alevins.

Il apparaît donc opportun, sinon important, de réhabiliter certaines de ces annexes fluviales, tant pour leurs intérêts relatifs à la dynamique fluviale (zone d’expansion des crues), que pour leurs intérêts écologiques (zone tampon, zone d’habitats et de reproduction pour de nombreuses espèces de poissons, de batraciens, et d’oiseaux…) et leur attrait patrimonial et touristique.

Le site de La Banquette

La couasne de la Banquette, d’une superficie de 3 ha, est située sur la rive gauche de la Dordogne, à la fois sur les communes de Siorac en Périgord et du Buisson de Cadouin (Paleyrac), en contrebas de la R.D. 25.

Études préliminaires et objectifs de restauration

Afin de développer une vision multi-partenariale et consensuelle, le SMETAP Rivière Dordogne a souhaité mettre en place un comité de pilotage regroupant l’ensemble des partenaires institutionnels, financiers et techniques, ainsi que les élus et propriétaires riverains.

Dans le même temps, une étude technique complète du site a été réalisée par un bureau d’étude spécialisé (topographie, fonctionnement hydraulique, relevés faune/flore…) ; celle-ci a permis de dégager les principaux objectifs généraux de gestion de ce site, à savoir :

  • Retrouver la fonctionnalité piscicole et hydraulique de la couasne.
  • Optimiser les fonctions écologiques en augmentant la biodiversité.
  • Valoriser le patrimoine écologique de ce milieu particulier. Ce programme de réhabilitation a été validé par le comité de pilotage, puis, conformément à la réglementation, soumis à une procédure de Déclaration d’Intérêt Général.

Les bras morts de la rivière Dordogne constituent d’importantes zones de frayères piscicoles Les « couasnes » servent de zones de frayère pour de nombreuses espèces piscicoles… Photo SMETAP

Travaux de restauration

Ainsi, la couasne de la Banquette à fait l’objet, lors de l’automne 2012, de différents aménagements hydrauliques et écologiques. Ces travaux ont consisté à optimiser la fonctionnalité du bras mort afin de lui permettre d’assurer à nouveau pleinement ses fonctions de frayère piscicole. Ils peuvent être détaillés ainsi :

  • Désenvasement du bras mort et évacuation des sédiments (5000 m3).
  • Reprofilage en pentes douces, favorables à l’installation de végétation immergée, support de frai. La régularité de la pente évitera le piégeage des alevins lors des baisses de niveau d’eau.
  • Élargissement de la connexion aval avec la Dordogne.
  • Restauration de la végétation au sein de la couasne : abattage des espèces invasives comme l’érable negundo et plantation d’espèces locales et adaptées (saules, frênes, aulnes).
  • Création d’un sentier pédestre le long du bras mort.

Suivi de l’évolution du site

Un programme de suivi de l’évolution du milieu, sur dix ans, devra être réalisé par le SMETAP Rivière Dordogne. Il comprend :

  • Le suivi de la sédimentation du bras mort.
  • Le suivi de la recolonisation végétale du site.
  • Le suivi de la fréquentation et de la reproduction piscicole (en partenariat avec la Fédération de Pêche 24).

Concernant ce dernier point, afin de ne pas biaiser le protocole et ses résultats, le bras mort de la Banquette est désormais classé en réserve permanente de pêche pour une durée de cinq ans.

Financement

Le coût total de l’opération, dont la maîtrise d’ouvrage a été assurée par le SMETAP Rivière Dordogne, s’est élevé à environ 200 000 € et a été subventionné à près de 100 % grâce aux partenaires financiers suivants : l’Agence de l’eau Adour-Garonne, la Région Aquitaine, le Conseil général de la Dordogne et la Fédération départementale de pêche de la Dordogne.

Le SMETAP Rivière Dordogne

Le syndicat est une structure publique ayant pour objet de procéder aux études et aux travaux pour la protection, la restauration, l’entretien et l’aménagement de la rivière Dordogne, des bras morts et des zones humides de proximité. Il couvre également l’ensemble du réseau hydrographique des collectivités adhérentes à des fins écologiques, économiques et touristiques.

Syndicat Mixte d’Études et de Travaux pour l’Aménagement et la Protection de la Rivière Dordogne : 24220 Allas Les Mines – 05 53 30 33 48 – www.espace-riviere.orgsmetap@perigord.tm.fr.

Christophe Audivert, Technicien de rivière


Cet article a été publié dans le numéro 4 du magazine « Secrets de Pays ».

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