Le circaète Jean le Blanc, un rapace mangeur de serpents

Circaète Jean le Blanc. © Photo Robert Balestra
Le circaète Jean le Blanc (circaetus gallicus) est un chasseur de serpents protégé pour son utilité évidente ainsi que pour sa rareté. De nombreux rapaces capturent des serpents, mais il reste le spécialiste en la matière, ne craignant pas de s’attaquer aux reptiles venimeux.

J’ai pu observer pour la première fois le circaète en 1970, sur le causse Méjean, entre les gorges du Tarn et les gorges de la Jonte. Ce causse sauvage abrite lézards et serpents en quantité. Il me fut facile, bien que novice à cette époque, de reconnaitre Jean le Blanc en train de chasser. Il faut dire qu’il surprend surtout par sa grosse tête, ses grands yeux jaunes et son petit bec : une tête de chouette !

Un grand seigneur calme

Le nom de circaète vient du grec kirkos (faucon) et aetos (aigle). Jean était le surnom donné aux gens habiles au Moyen Âge… et le Blanc fait référence à sa couleur dominante que l’on voit le plus souvent : le dessous de l’oiseau. D’une envergure de 1,70 m à 1,85 m pour un poids de 2 à 2,5 kg, le circaète Jean le Blanc fait partie des grands rapaces visibles en Périgord.

En vol, la blancheur de ses faces inférieures est frappante. Trois bandes sur la queue en confirment l’identification. Sa silhouette massive en forme de M et son vol stationnaire, très lent et très souple, pratiquement sans battement d’ailes, sont des plus caractéristiques.

En Dordogne, il est présent dans les grands massifs forestiers : Bessède, Barrade, Double, Liorac Lanquais, Campagne… Les ornithologues de la SEPANSO et de la LPO suivent cet oiseau migrateur depuis son arrivée d’Afrique, début mars, jusqu’à son départ entre le 15 août et le 10 octobre. Le facteur déclenchant est, bien sûr, l’époque où les serpents se terrent pour passer la mauvaise saison. Ses quartiers d’hiver se situent dans le bassin du Niger.

Circaète Jean le Blanc © Photo Robert Balestra
Circaète Jean le Blanc © Photo Robert Balestra

Une chasse tranquille

Sa méthode de chasse est l’affût aérien à haute altitude, face au vent, ailes en forme de M. La proie repérée, il descend en parachute, visant sa proie jusqu’à la chute finale. La victime est saisie à la tête et au milieu du corps. Il détruit le cerveau des vipères à coup de bec avant de les avaler. Spécialisé dans la chasse aux reptiles, le circaète se nourrit presque uniquement de couleuvres de toutes espèces auxquelles s’ajoutent vipères et lézards. Bien que très habile à éviter les morsures, il est sensible au venin des vipères. Les gros serpents ne lui font pas peur : certains atteignent 1,70 m de longueur, ce qui représente l’envergure de cet oiseau de proie.

Son secteur de nidification et la situation de son nid se situent toujours dans un grand massif forestier. L’aire est construite sur un arbre, bien dégagée afin d’en permettre l’accès sans obstacle. Le circaète est farouche. Très sensible à la présence humaine, il s’entoure d’une zone sauvage étendue. Un couple allant chasser jusqu’à dix à quinze kilomètres de son aire et défendant ce vaste territoire contre ses voisins, permet de mieux comprendre que dans ces conditions l’espèce ne puisse être abondante. Sitôt la couvaison de l’œuf unique commencée, les allées et venues se font rares et discrètes dans le secteur du nid. L’incubation dure de 45 à 47 jours. C’est principalement la femelle qui couve. Le mâle la ravitaille et la remplace dès qu’elle quitte le nid. Le petit naît vers la fin mai. La mère le couve constamment pendant un mois et demi, puis le protège encore du soleil. Nourri d’abord de becquées, puis avec de plus gros morceaux, il s’empare ensuite du serpent dégorgé devant lui, l’avale en entier, la tête en premier. La ration journalière du jeune se compose de deux à trois serpents, soit 120 à 150 g. À deux semaines, il tient sur ses pattes. Quarante-cinq jours plus tard, il a son plumage définitif. Pourtant, il ne s’envolera qu’à deux mois et demi (70-80 jours), normalement début août. La migration débute fin août et se poursuit jusqu’aux premiers jours d’octobre.

Une protection encore bafouée

Le taux de reproduction extrêmement faible de ce rapace splendide est sans doute compensé par sa longévité. Mais on ne sait à quel âge il peut se reproduire. La protection légale dont il jouit est-elle une garantie pour son avenir ? Il faudrait pour cela que certains chasseurs cessent de le tuer « par bêtise »… et que restent sauvages ses lieux de vie.

Printemps 2012 et 2013, deux années catastrophiques pour le circaète

La pluviométrie abondante ainsi que les températures très basses pour la saison ont constitué deux armes de destruction massive pour ces oiseaux. En l’absence des reptiles, de nombreux circaètes se sont retrouvés en état de dénutrition. Acheminés vers les centres de soins, ils n’ont pu être tous sauvés.

Serge Fagette,
Naturaliste à la SEPANSO (Société pour l’Étude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest) et à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).

Cet article a été publié dans le numéro 4 du magazine « Secrets de Pays ».

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2 Commentaires

  • Violet Patrice dit :

    Bonjour,
    Je voulais apporter quelques précisions sur cet article.
    J habite en haute Ardèche passionné de rapaces et particulièrement de circaete j ai pu observer cette espece jusqu’à très tardivement dans la région mi novembre ces dernières années.
    De plus dans notre région la population est en nette augmentation l observation est quand on s en donne la peine quasi quotidienne. Idem sur le Gard ou j ai habité plusieurs années
    Cordialement Patrice Violet

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