Issigeac n’est pas une bastide, c’est une cité médiévale

Vue aérienne de la cité médiévale d'Issigeac en Périgord, © Emmanuel Marc Dubois

Principale différence visuelle : les rues ne sont pas perpendiculaires. Elles sont joyeusement tordues. Certains les décrivent comme s’enroulant à la façon d’un escargot… Or c’est une image sans lien avec la réalité historique. Remontons tout d’abord aux origines du village pour essayer d’en décrypter l’organisation.

Découverte de thermes romains

En 1994, les fouilles liées au chantier du tout-à-l’égout ont mis au jour les vestiges d’importants thermes romains. Sur la place de l’Église (1), on a trouvé un système de chauffage de l’eau par hypocauste. Un peu en contrebas au nord, dans la Grand Rue (2), on a exhumé des murs de marbre blanc, signe de la très grande richesse des propriétaires des lieux. Au pied de la Maison des Dîmes (3), ce sont des mosaïques qui ont été révélées, à l’instar de celles trouvées quelques dizaines d’années plus tôt au moment de l’installation de la fosse de vidange pour voiture dans l’Ancien Grenier (4). Mais après-guerre, on gardait pour soi ce genre de découverte ; seul le témoignage des « anciens » nous est resté.

Des thermes de cette ampleur, datés du IVe siècle, sont rares en dehors des zones urbaines. L’étendue de ces vestiges est méconnue à ce jour, faute de pouvoir réaliser des fouilles sous les maisons médiévales. La présence de tombes mérovingiennes juste au-dessus des thermes laisse à penser que le site a été immédiatement réoccupé après la mise à sac de la cité lors du départ des Wisigoths.

Un système défensif hérité d’un camp romain

La forme circulaire du village laisse très clairement apparaître un terrain défensif d’environ 25 à 30 m de large, correspondant à une distance à laquelle les flèches des archers perdent de leur puissance. Aux limites de ce terrain se trouve un fossé qui est encore visible sur sa partie nord-ouest (5), mais recouvert depuis les années 1930, entre la place de la Capelle à l’est et la place du Peyrat au nord (6). Sur la partie sud, le terrain subsiste tout le long du tour de ville (7) bien que le fossé ait disparu, déporté 25 m plus loin jusqu’à la construction de la maison de retraite où il a de nouveau été éloigné du village (8).

On pourrait considérer que ce système défensif est moyenâgeux. Rien n’est moins sûr. Lorsqu’on observe l’intérieur du village, on constate que la Grand Rue isole la partie nord-ouest du village du reste du bourg. On observe également une fourche à mi-parcours de la rue du Cardénal (9) qui vient de l’est… Ou plutôt qui vient du sud ! Car la particularité d’Issigeac est de n’avoir que trois portes principales. L’ouverture qui donne sur la route de Castillonnès au sud n’existait pas sur le plan Napoléon, pas plus que les principaux axes actuels. On y observe une voie au nord (10), une au sud-est (11) et une autre à l’ouest (12). Tout laisse à penser que l’axe nord – sud-est correspond à la voie romaine Vesunna-Aginnum (Périgueux-Agen). Pour autant, la Grand Rue suggère que le trafic principal en période médiévale se faisait sur l’axe Périgueux-Marmande. C’est d’ailleurs l’ancien tracé de l’actuelle route nationale 21. De nombreux détails qui mériteraient d’être explicités dans un autre article font apparaître que la structure de base du village date de la guerre des Gaules, lorsque Publius Crassus, légat de Jules César parti de Bourges pour « pacifier » l’Aquitaine, dût s’arrêter après avoir traversé la Dordogne pour attendre des renforts venus de Narbonne et de Toulouse. Ainsi, la structure du village serait héritée d’un camp romain !

Issigeac au XIIIe siècle

Comme nous l’avons vu, le passage des Wisigoths a détruit totalement l’organisation interne du site. Le village s’est reconstruit sur des ruines et a vu le plancher de ses habitations s’élever.

Plan de la cité médiévale d’Issigeac, © Emmanuel Marc Dubois | Cliquez pour agrandir le plan

Pour identifier la zone la plus ancienne de la cité, on peut procéder par élimination. On trouve dans le bourg de nombreuses bâtisses typiques du XIIIe siècle, notamment des commerces caractéristiques de cette période, à l’instar de celui que l’on croyait être un temple, rue des Petites Boucheries (13), celui rue Saint-Cybar (14) ou encore celui situé rue de la Saucisse (15). On trouve également à l’est un lotissement caractéristique du XIIIe siècle, rue de l’Oustal (16). La Maison des Têtes (17) est également contemporaine de ces constructions. Cet ensemble de bâtiments laisse entrevoir que le village s’est développé à cette époque (celle de l’apparition des bastides) dans la zone au sud-est de la Grand Rue qui n’était jusqu’alors qu’un terrain agricole à l’intérieur de l’enceinte défensive. La partie construite du site se trouvait donc au nord-ouest (18). La rue Bari Paliou à l’est (19), qui entoure la fameuse Maison « Champignon », nous apporte d’ailleurs un éclairage intéressant : son nom signifie « barrière de pieux ». On peut ainsi supposer que, dans un premier temps, cette partie de l’enceinte n’était que modestement protégée. Et cela fait étrangement écho aux structures défensives des troupes romaines !

© Texte, plan et photos, Emmanuel Marc Dubois


À lire également sur notre site, notre dossir Les Bastides du Périgord


Cet article a été publié dans le numéro 10 du magazine « Secrets de Pays ».

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