Cadouin, abbaye cistercienne, belle fiancée d’un mariage à quatre

Abbaye de Cadouin, © Au Fil du Temps

Cadouin, qui rayonne du charme de son village, de la beauté et de la riche histoire de son abbaye inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, est marié avec Le Buisson, ville nouvelle qui s’est développée autour de sa gare… avec Paleyrac, là où se croisent les chemins de Saint Jacques et de Rocamadour… et avec Cussac, qui abrite l’une des plus anciennes églises du territoire, mais aussi une grotte préhistorique récemment découverte.

En 1974, les quatre communes de Cadouin, Le Buisson-Cussac, Paleyrac et Urval s’associent sous le nouveau nom de Le Buisson-de-Cadouin. Urval reprend son autonomie en 1989. Il va sans dire que le territoire à tiroirs de cette « grande » commune démultiplie un patrimoine particulièrement remarquable et diversifié.

Cadouin et son abbaye

À Cadouin, le visiteur est instantanément confronté à 900 ans d’histoire. En 1115, au nom de Robert d’Arbrissel, Géraud de Salles fonde un ermitage dans un vallon à l’écart de la vallée de la Dordogne, au cœur de la forêt Bessède. Cadouin est né. En 1119, Géraud transforme l’ermitage en abbaye. Durant des siècles, cette abbaye abrite un précieux tissu authentifié comme le suaire ayant enveloppé la tête du Christ, et rapporté de terre sainte au début du XIIe siècle. Les tribulations du vrai faux Saint-Suaire sont à elles seules toute une histoire. Ce tissu sacré va générer une énorme ferveur et de mémorables pèlerinages, jusqu’en 1934, où un père jésuite découvre et révèle qu’il s’agit en fait d’un voile de la période fatimide, tissé en Égypte sous le règne du calife Al-Mustalî (1094-1101).

Les guerres du XIVe siècle entraînent la décadence et la mise en ruine de l’abbaye. La guerre de Cent Ans oblige le transport du suaire de Cadouin à Toulouse. Il y reste jusqu’en 1462. Il est rendu à Cadouin par Louis XI. Le roi, juste et très pieux, rend la relique à ses propriétaires, finance en grande partie la reconstruction de l’abbaye, très endommagée, ainsi que la construction du cloître gothique flamboyant qui fait aujourd’hui la renommée de Cadouin. Le roi finance également la création d’une halle, toujours présente au centre du village. Le cloître et les bâtiments conventuels sont rachetés par le Département en 1839. L’ancienne abbaye de Cadouin est classée monument historique en 1840, puis inscrite en 1998 sur la liste du Patrimoine mondial par l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.

Ces lieux, chargés d’histoire, sont réputés avoir vu passer, entre autres, le roi Saint Louis, Anne de Bretagne, Saint Bernard ou, plus contemporains, « Queen Mum », reine mère d’Angleterre ainsi que le roi Philippe de Belgique.

Les bâtiments conventuels, après avoir en leur temps abrité les moines, sont devenus une remarquable Auberge de Jeunesse, lieu d’hébergement pour les étudiants globe-trotters, les pèlerins en route pour Compostelle, les classes vertes, les familles ou autres voyageurs. L’église, à la fois massive et bienveillante, voit le soleil couchant embraser sa façade, dont l’austérité grise est adoucie par une belle porte romane. La place et la halle du XIIe sont un lieu de vie et d’animation estivale accueillant fréquemment des concerts impromptus de formations en résidence.

Le soir venu, mystérieuses et dorées par la lueur des projecteurs, les pierres vénérables expriment toute leur majesté, et dégagent un imperceptible parfum de spiritualité. Le visiteur ne peut que ressentir une émotion intense et admirative pour ces moines bâtisseurs qui ont édifié un aussi bel ouvrage, marqué de leur empreinte.

La commune d’aujourd’hui postule pour le label « Village fleuri » et attend impatiemment l’attribution de la première fleur, plutôt fière d’être déjà reconnue et récompensée par le Conseil départemental avec l’attribution d’un diplôme d’excellence environnementale, pour avoir signé la charte « Zéro Phyto » et initié un fleurissement naturel et participatif grâce à l’implication des habitants. Depuis 1988, l’association Les Amis de Cadouin s’emploie à la sauvegarde et la valorisation de ce village et de son abbaye, édite diverses publications qui matérialisent les sujets du colloque annuel (www.amisdecadouin.com).

Les sentiers de découverte

Ils sont destinés à faire découvrir « autrement » l’histoire de l’abbaye et du village de Cadouin.

  • La balade patrimoine : Une dizaine de stations (panneaux pédagogiques) jalonnent le parcours dans le village et invitent à comprendre l’histoire étonnante des lieux.
  • Le sentier des paysages : Des mobiliers ludiques sont posés sur les cinq stations du parcours, proposant des questions dont les réponses dévoilent une phrase mystère qui permet de participer au « jeu du moine ». Le parcours peut être suivi et commenté par le smartphone en flashant les QR codes à chaque station.
  • La boucle du pèlerin : Promenade d’environ deux heures (5 kms) entre champs, hameaux et forêt, jalonnée de petites bornes permettant de découvrir le patrimoine naturel de la forêt Bessède.

Au Buisson, le patrimoine est fluvial et ferroviaire

Au début il y avait la rivière Dordogne… Et… Cabans… Les hommes attirés par cette « route » d’eau et sa réserve de pêche, se regroupaient sur ses rives. Sur la rive gauche, face au rocher de Bigaroque, ils avaient construit des cabanes, puis au cours du XIIe siècle, une église, Saint-Pierre-ès-Liens, fondant ainsi le hameau de « Cabans ». Pour se rendre vers Périgueux ou Sarlat, la traversée de la rivière se faisait en bac. Déjà un lien avec Cadouin, via les moines de l’abbaye, qui percevaient la dîme des pêcheries de Bigaroque. Mais à l’approche du XXesiècle, vont se développer deux évolutions majeures, révolutionnant les voies de communication et générant la naissance du village du Buisson. Les ponts et le chemin de fer !

1855 : un projet de voie ferrée appelé « Grand Central » devait desservir Limoges, Périgueux, Agen, avec Le Buisson sur le trajet. Encore fallait-il franchir la rivière ! En 1855, la construction d’un viaduc enjambant la Dordogne est décidée, les travaux démarrent en 1859. Ce sera le début de l’expansion du Buisson. Afin d’approvisionner le chantier on ouvre des carrières, et pour faire face à l’afflux des ouvriers sont ouverts 2 cafés, 3 auberges et une cantine. 1863, le pont est achevé. Place au rail ! Le 3 août 1863, le premier billet de train est vendu à la toute nouvelle gare du Buisson. La vie locale est dopée par un souffle nouveau. Une nouvelle église est construite, le culte y est pour la première fois célébré en 1877. La population augmente, le bac de Vic est tellement submergé que la nécessité d’un pont routier s’impose. Le 16 novembre 1890, un budget est voté pour construire le pont de Vic. Exit Cabans, qui conserve cependant le cimetière et un lieu de prière dans son église.

Les deux ponts du Buisson-de-Cadouin en Dordogne

Le Buisson est né ! Riche, de deux ponts, une gare, un bureau de poste, un garage pour les locomotives, une église. Il faut attendre 1892 pour voir enfin la construction d’une école.

Au fil des ans, le Buisson connaît de multiples mutations : devient Le Buisson-Cussac par la fusion avec la petite commune de Cussac, puis Le Buisson-de-Cadouin par le regroupement avec Cadouin et Paleyrac. Devenu le bourg central de ce mariage à quatre, outre la gare et les commerces essentiels, il propose banque, bureau de poste, pharmacie, maison médicale et centre de soins (médecins, dentiste, infirmières, kiné). Également deux campings, terrain de sport et court de tennis, un marché du vendredi matin très animé complété par deux foires annuelles, une bibliothèque-médiathèque et un cinéma municipal qui rayonne sur les cantons voisins, bien connu pour ses « Rencontres Buissonnières ».

Deux sites touristiques d’exception ajoutent à son attrait : Les Grottes de Maxange, concrétions asymétriques rares et Le Jardin de Planbuisson, collection de bambous et de graminées unique en Europe.

Vue aérienne de la gare du Buisson de Cadouin en Dordogne

Petite histoire de Cussac

L’église est un élément majeur du patrimoine de l’architecture religieuse, l’une des plus anciennes de notre territoire, dont l’histoire demeure bien mystérieuse. Sa construction est située en l’an 1142, elle dépend alors de Trémolat. À remarquer sur le mur Est un cadran solaire grossièrement gravé et, en façade, près de la porte, une étrange inscription (non interprétée à ce jour) gravée dans la pierre.

Église de Cussac, l'une des plus anciennes du PérigordAu XVIIIe, des documents d’archive font état de réparations importantes. Au XIXe, ce sont d’amusants courriers du curé à l’évêque et aux élus. Ils révèlent une demande pressante de rétablissement du culte à Cussac, indiquant une église en état décent, et soulignant combien l’absence de culte est dangereuse pour les paroissiens. Risque physique de se rompre les os en dévalant « une colline abrupte et caillouteuse » qui dissuade de se rendre suivre l’office à Trémolat, mais surtout, risque de dérive vers la luxure, le jeu, l’alcoolisme !!!

Fin XIXe, d’autres documents d’archives indiquent la construction d’un presbytère dont le financement par prêt auprès de la Caisse des dépôts et consignations, d’une somme de 4 000 francs à 4,80 % remboursable en 30 ans, est autorisé par un décret de la Présidence de la république, signé le 25 août 1882 par le président Jules Grévy en personne et Armand Fallières (ministre de l’intérieur). D’importants travaux de restauration vont débuter en 2017, avec l’aide partielle d’une souscription auprès de la Fondation du Patrimoine (www.fondation-patrimoine.org/les-projets/eglise-de-cussac-au-buisson-de-cadouin).

La grotte de Cussac, quant à elle, est de découverte récente et encore en phase d’étude. C’est à l’automne 2000 que Marc Delluc, du spéléo-club de Périgueux, a eu le privilège d’y ramper le tout premier, troublant un sommeil de quelque 29 000 ans.
Paleyrac en forêt Bessède

Paleyrac est commune associée avec Le Buisson depuis le 1er janvier 1974. C’est le village à la fois résidentiel et rural des coteaux, entouré par la forêt Bessède. Carrefour de sentiers de randonnées, sur les chemins qui conduisaient les pèlerins à Rocamadour et Saint Jacques de Compostelle, c’est un lieu où l’agriculture, parfois bio, trouve encore sa place. On y découvre tout l’attrait des vieilles pierres, depuis la place du Couderc, l’esplanade du théâtre de plein air et son incroyable panorama, le carreyrou fleuri de la mairie, jusqu’au très ancien hameau des Spérits, où de vénérables vieilles portes sont encore marquées d’une croix noire, signe de l’épidémie de peste noire qui frappa le Périgord aux alentours de Pâques 1481 et décima les habitants. Son église, bien que construite initialement au XIIe siècle, est de facture fin moderne. En ruines, elle a été entièrement reconstruite à la fin du XIXe siècle, en partie grâce à la générosité des paroissiens.

Riche de multiples atouts, la commune du Buisson-de-Cadouin vous invite à venir découvrir son patrimoine architectural et fluvial classé par l’Unesco.

Texte et photos Michelle Fourteaux
Photos aériennes © Jean-Jacques Saubi | Photo du cloître de Cadouin : © Hervé Dupuy | Photo ancienne en noir et blanc : coll. J. Tronel


Cet article a été publié dans le numéro 10 du magazine « Secrets de Pays ».

Vous pouvez vous le procurer en consultant la boutique du site…

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