Gros plan sur l'AOC Monbazillac

Connu dans le monde entier, le Monbazillac figure parmi les plus célèbres liquoreux. Cette renommée n’est pas récente. On rapporte qu’au Moyen Âge, devant une délégation de pèlerins de Bergerac venant lui rendre visite, le pape aurait demandé : « Mais, où est Bergerac ? » « Près de Monbazillac », lui aurait alors murmuré son camérier.

aoc-picto-degustation-des-vinsOn distingue deux types de Monbazillac : le Monbazillac classique qui offre une richesse en sucres de 45 g/l et le Monbazillac « sélection de grains nobles » qui  affiche d’emblée une sucrosité supérieure à 85 g/l. Cette dernière mention est réservée aux vins obéissant à des conditions de récolte et de vinification plus strictes : récolte tardive, grain à grain (des raisins en surmaturation et bonifié par la pourriture noble), élaboration à partir des cépages sémillon (75 %), sauvignon (10 %) et muscadelle (15 %), élevage de dix-huit mois.

Le vignoble de l’AOC Monbazillac est l’un des plus anciens de la région. Sa caractéristique particulière est d’être orientée vers le Nord, plongeant ainsi en direction de la plaine de la Dordogne. Le terroir de Monbazillac s’étend sur 3 600 ha et 5 communes : Pomport, Rouffignac, Colombier, Saint Laurent des Vignes et Monbazillac.

Au sud de Bergerac, [le vignoble de Monbazillac] s’étale sur les coteaux et plateaux argilo-calcaires de la rive droite de la Dordogne en partie face… au nord (…), démontrant ainsi l’exception qui confirma la règle selon laquelle l’orientation sud est la meilleure pour la vigne. En effet, de par sa stuation, ce vignoble jouit d’un phénomène climatique et microclimat particuliers. En automne, il est très fréquemment envahi de brouillards matinaux suivis de belles journées ensoleillées. Humidité et chaleur favorisent ainsi le développement du Botrytis Cinerea, ou « pourriture noble », indispensable à l’élaboration de tous les grands vins liquoreux.Marc-Henry Lemay. (3)

Les vins blancs de Montbazillac ont une robe de couleur jaune pâle. Au fil du temps, la robe prend une couleur jaune or qui évolue vers une teinte de plus en plus soutenue, surtout s’il a été élevé en barrique. Après quelques décennies, il devient ambre. Au nez, on retrouve des arômes de miel, d’acacia et de pêches. Avec les années, les arômes évoluent vers des notes de fruits secs, de noissette et d’amande. En bouche, ce sont des vins gourmands, gras et puissants. Le Botrytis cinerea apporte cet inimitable goût de rôti. Liquoreux, riches en glycérol et autres corps sucrés, ils font facilement la jambe sur la paroi du verre. Bus jeunes (4 à 5 ans), ils sont déjà bien agréables et séduisants, mais gagnent en vieillissant. Ils ont alors une finesse, un moelleux, un bouquet qui confinent au sublime. Ce sont des vins qui, lorsqu’ils sont réussis et que le millésime leur a été favorable, peuvent tenir 20, 30 ans et plus. (4)

Un mot sur la pourriture noble

Le facteur essentiel dans l’élaboration du Monbazillac est lié à un phénomène climatique remarquable qui intervient, au cours des mois d’octobre et de novembre, sous l’action des brouillards matinaux conjuguée avec la chaleur du soleil de l’après-midi. En effet, lorsque le raisin est soumis à cette alternance quotidienne de périodes fraîches et humides et de périodes chaudes et ensoleillées, un champignon microscopique se développe, le Botrytis Cinerea. Il se nourrit de l’eau du raisin, ce qui a pour effet de concentrer sucres et acides naturels en même temps que le taux de glycérol à l’intérieur des baies, tout en modifiant avantageusement les arômes du vin (nez typique « botrytisé »). Botrytis cinerea agit donc comme un agent de concentration naturel des sucres. Les baies prennent alors un aspect ridé, ratatiné, leurs peaux deviennent violacées, couvertes d’un duvet blanchâtre comparable à de la cendre (Botrytis cinerea signifie grappe cendreuse) et leurs pulpes se transforme en confiture dorée. On parle alors de grains botrytisés, de grains rôtis et confits.

Grappe de sémillon B porteur de pourriture noble

Grappe de sémillon B porteur de pourriture noble

C’est le secteur de la côte nord qui bénéficie du meilleur climat pour l’élaboration de liquoreux de grande qualité, grâce à l’humidité matinale de la vallée et à l’ensoleillement tardif de la journée.

Botrytis Cinerea est présent dès la floraison de la vigne, sur les baies. Il faut respecter son développement et le maîtriser de juin à août, afin de ne pas mettre en péril prématurément la maturation du raisin. Les travaux d’ébourgeonnage et d’effeuillage permettent de contrôler son développement trop précoce, qui n’est souhaité que quand les baies ont atteint une maturité suffisante.

Localisation de l'AOC Bergerac


Histoire de l’AOC Monbazillac

histoire de lla viticultureLes terres de Mont-Bazaillac appartiennent au prieuré bénédictin de Saint-Martin créé à Bergerac, en 1080, par l’abbé de Saint-Florent de Saumur. La légende raconte que les Moines de Saint-Martin, trop occupés à d’autres tâches, auraient délaissé leurs vignes, permettant au Botrytis Cinerea de s’y développer. Les moines y ont défriché la colline pour y planter de la vigne. Totalement accaparés par d’autres tâches, ils délaissent un moment leurs vignes, permettant à la pourriture noble de s’y développer. Ne souhaitant cependant pas perdre le bénéfice de leur récolte, ils découvrent alors l’action bénéfique de botrytis cinerea.

Mais c’est à l’orée du Moyen-Âge que la viticulture prospère en bergeracois. C’est le premier âge d’or du vin de Bergerac, vignoble de Monbazillac inclus. On distingue alors les vins de vinata, « de la vinée », vins recueillis dans la juridiction de Bergerac. Cette « vinée » est délimitée avec précision en 1495 au nord et au sud de la ville et de la Dordogne.

C’est au cours du Moyen-Âge que ce vignoble prend son essor. Mais les seigneurs et ecclésistiques, propriétaires des vignes, ne résident pas dans la ville de Bergerac. Ils rencontrent les pires difficultés pour écouler leur production : les « bourgeois » de ladite ville défendent âprement leur privilège selon lequel « nul ne pouvait mettre de vin dans Bergerac, s’il n’était bourgeois.» Et lorsqu’ils pouvaient enfin rentrer leurs vins pour les expédier ils devaient s’acquitter des droits importants. Au début du XVe siècle, les bourgeois et habitants de Bergerac s’emparent progressivement de ce vignoble. Le 4 septembre 1495, les propriétaires des vignes de ce secteur obtiennent par une transaction que les statues et coutume de la cité soient modifiés afin de permettre l’intégration de ce nouveau territoire dans le privilège de la Vinée. Dès lors, la renommée de ces vins est assurée et va s’étendre au-delà de nos frontières

Mais c’est surtout à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe que les vins de Monbazillac acquièrent leurs lettres de noblesses. De nombreux Huguenots, chassés par la révocation de l’Édit de Nantes (16 octobre 1685) s’expatrient en Hollande. Un commerce prospère de vins s’instaure entre Bergerac et les expatriés de Pays Bas. Appelés alors « Vins de Muscat » car issus de cépage Muscadelle, ou « Madère du Périgord », les vins de Monbazillac y sont exportés en quasi totalité. C’est à cette époque que bonj nombre de crus sont commercialisés sous le nom de leur propriétaire ou du lieu-dit sont ils proviennent : ce sont les fameuses Marques Hollandaises. Il faut d’ailleurs remarquer que cette situation ne va pas sans émouvoir l’Intendant de Guyenne Boucher qui, en 1734, écrit « Les vins de ce canton (Monbazillac) se sont tellement accrédités en Hollande par les correspondants des religionnaires, qu’ils ont fait tomber entièrement les vins blancs de Langon (région de Sauternes) où étaient les crus les plus considérables et de plus grandes réputations pour les vins blancs ». Marc-Henry Lemay. (3)

La révocation de l’Edit de Nantes, en 1685, oblige quelques grandes familles de la bourgeoisie huguenote à émigrer en Hollande. Si cela contribue dans un premier temps à la crise du trafic, cet événement fut bénéfique à moyen terme pour les vins de Bergerac et surtout de Monbazillac. En effet, un commerce florissant des vins de « Monbazillac » se développe d’une manière très organisée vers les Flandres du Nord. Une véritable hiérarchie s’instaure dans la qualité des vins doux et la notion de crus, ou de vins de propriétés. C’est à cette époque qu’apparaîssent les « marques hollandaises ». Au nombre de trente deux, et toutes situées sur la côte nord de Monbazillac, elles sont estampillées au fer rouge sur les fonds des barriques et constituent le sceau personnel et la garantie des crus nobles de « Monbazillac ». C’est vers 1750 que se termine le « siècle hollandais » du vin de Bergerac et Monbazillac et la crise viticole de 1779 n’arrangea pas les choses

La crise phylloxérique n’épargne pas le vignoble de « Monbazillac » qui est totalement détruit en 1885. Dix ans plus tard, avec la technique du greffage, la résurrection est en cours au XXe siècle et à la fin de la première guerre mondiale, le tiers du vignoble est replanté.

En 1921, le syndicat viticole de Monbazillac assigne trois propriétaires de la commune de Pomport pour leur faire interdire de vendre leurs vins sous le nom de « Monbazillac ». Le tribunal de Bergerac déboute le syndicat en décembre 1921, jugement confirmé par la cour d’appel de Bordeaux en novembre 1924.

Avec la mise en place des premières réglementations sur les appellations, une querelle opposant les viticulteurs de Monbazillac et ceux de Saussignac finit devant le tribunal. Par un jugement de 1934, le producteur de Gageac-Rouillac qui avait revendiqué l’appellation Monbazillac pour ses récoltes de 1925 à 1927 est débouté. Un jugement du Tribunal de Bergerac du 16 mars 1934 dit que l’appellation Monbazillac appartient exclusivement aux cinq communes suivantes : Monbazillac, Pomport, Colombier, Rouffignac-de-Sigoulès et Saint-Laurent-des-Vignes. Ce jugement, confirmé par la Cour d’Appel de Bordeaux en date du 12 novembre 1935, précise qu’en ce qui concerne la commune de Saint-Laurent-des-Vignes « il y a lieu d’éliminer de la zone productrice les abords immédiats de la rivière Dordogne constitués d’alluvions modernes et marquant les anciens lits. » L’A.O.C. Monbazillac, définie par le décret du 15 mai 1936, met fin à ce problème de délimitation.

Une partie des producteurs se regroupe en 1940 pour créer la cave-coopérative de Monbazillac. La cave coopérative achète, en 1960, le château de Monbazillac qui devient une remarquable vitrine de la production. La mévente des vins blancs doux dans les années 1970 amène les viticulteurs à diversifier leur production en plantant des cépages noirs.

Après quelques années difficiles, le Monbazillac a retrouvé toute sa splendeur, grâce à l’action décisive de la coopérative locale, installée dans le magnifique château de Monbazillac. Mais cette renaissance s’est faite également grâce à des pratiques viticoles rigoureuses : une taille mieux maîtrisée, une récolte manuelle par tries successives de raisins botrytisés, des rendements plus faibles… De plus, les vins finis doivent présenter une teneur en sucres résiduels minimale de 45 g/l et un titre alcoométrique volumique acquis minimum de 12,5 %. Enfin, ces vins doivent subir un élevage jusqu’au 30 septembre de l’année qui suit celle de la récolte.(1)

Terroir de l’AOC Monbazillac

terroir viticoleLe vignoble est établi en coteaux à pente faible. Il repose sur des terrains sédimentaires de la fin de l’éocène et du début de l’oligocène.

Trois formations coexistent :

  • Le secteur des terrasses anciennes qui s’étend en pied de coteau depuis Colombier jusqu’à Pomport. Elles sont constituées de roches détritiques déposées par la rivière. Ce sont des graves (mélange de sable, gravier et limon) issues de l’érosion des roches magmatiques du Massif central. Le pH est plutôt acide et c’est un terrain relativement peu fertile qui se ressuie bien après de fortes pluies.
  • Le secteur de la Côte nord qui culmine au moulin de Malfourat et regarde la ville de Bergerac. Ce coteau est constitué de calcaire moyennement fertile.
  • Le secteur du plateau qui descend en pente sud vers la vallée de la Gardonnette. La roche mère est la molasse de l’Agenais, une formation qui couvre une grande surface sur les hauteurs de plusieurs départements.

Accords à table

Service des vins et accord mets et vinsVin d’apéritif, il est très à l’aise avec des amuse-bouches au fromage ou au foie gras. En entrée, il fait merveille avec le melon. Il révèle sa texture corsée sur un foie gras d’oie ou de canard ou avec une volaille à la crème et aux champignons. Sucrés dans leur jeunesse, les Monbazillac développent une certaine acidité en vieillissant. Un Monbazillac de 5 à 10 ans sera plus équilibrée qu’un jeune cru. Ses arômes de fruits exotiques et ses notes caramélisées en font un vin idéal pour accompagner des fromages à pâte persillée comme le roquefort ou un bleu d’Auvergne bien affiné et des fruits cuits. Au dessert, il est à son avantage avec des fraises, des fruits cuits ou des crèmes.

Température de service : 6/8°C. Garde : 6 à 20 ans.

FICHE INAO
Appellation AOC Monbazillac
Vins produits Vin tranquille – Blanc liquoreux avec mention « sélection de grains nobles ».
Reconnue depuis 11 septembre 1936.
Région – Localisation Vignoble du sud-ouest – Département : Dordogne – Sous-région : Bergerac.
Aire géographique L’appellation monbazillac couvre cinq communes sur les coteaux de la rive gauche de la Dordogne : Colombier, Monbazillac, Pomport, Rouffignac-de-Sigoulès et Saint-Laurent-des-Vignes.
Superficie plantée 3 600 hectares. (2)
Encépagement
  • Cépages principaux : muscadelle, sauvignon, sauvignon gris, sémillon.
  • Cépages accessoires : chenin, ondenc et ugni blanc.
  • Règles de proportion à l’exploitation : la proportion de l’ensemble des cépages accessoires est inférieure ou égale à 10 % de l’encépagement. La proportion de l’encépagement est appréciée sur la totalité des parcelles de l’exploitation produisant le vin de l’appellation d’origine contrôlée.
Conduite de la vigne
  • Densité minimale de plantation : les vignes présentent une densité minimale de plantation de 4000 pieds par hectare. L’écartement entre les rangs ne peut être supérieur à 2,50 mètres et l’écartement entre les pieds sur le même rang ne peut être inférieur à 0,80 mètre.
  • Règles de taille : les vignes sont taillées selon les techniques suivantes : taille à astes ou taille à cots. Chaque pied porte au maximum 15 yeux francs.
  • Règle de palissage et de hauteur de feuillage: la hauteur de feuillage palissé doit être au minimum égale à 0,6 fois l’écartement entre les rangs, la hauteur de feuillage étant mesurée à partir de 0,10 mètre sous le fil de pliage et jusqu’à la limite supérieure de rognage en fin de période culturale.
  • La charge maximale moyenne à la parcelle est fixée à 8000 kilogrammes par hectare.
  • Seuil de manquants : le pourcentage de pieds de vignes morts ou manquants est fixé à 20 %.
Mode d’élaboration
  • Les vins proviennent de raisins récoltés à surmaturité avec action ou non de la pourriture noble (botrytis cynerea). Les vins sont issus de raisins récoltés manuellement par tries successives.
  • Les vins finis doivent présenter une teneur en sucres résiduels minimale de 45 g/l et un titre alcoométrique volumique acquis minimum de 12,5 %. 
  • Les vins doivent subir un élevage jusqu’au 30 septembre de l’année qui suit celle de la récolte.
  • Assemblage des cépages : la proportion de l’ensemble des cépages principaux est supérieure ou égale à 80 % dans l’assemblage.
Maturité du raisin Richesse en sucre naturel : 255 grammes par litre de moût.
Titre alcoométrique volumique TAV naturel mini moyen : 17 %.
Normes analytiques
  • Teneur en sucres fermentescibles (glucose + fructose) : supérieure à 85g/l.
  • Inférieure ou égale à 30 (1.47 gramme par litre exprimé en H2SO4).
Production/Rendement 51 040 hectolitres | 7 299 998 bouteilles (2) | Rendement de base : 30 hl/ha –  Rendement butoir : 40 hl/ha.
Nombre d’opérateurs
  • 169 dont 164 viticulteurs, 128 vinificateurs (123 caves particulières, 4 caves coopératives, 1 négociant). (1)
  • 100 viticulteurs. (2)
Téléchargez le Cahier des Charges de l’Appellation « Monbazillac » – Source INAO 2005 (1)

Source :

Crédit Photos :

  • Domaine public.
  • Grappe de sémillon B porteur de pourriture noble, By John Yesberg (Own work), via Wikimedia Commons

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