La rivière Dordogne

Cygnes sur la Dordogne à Lalinde. Photo © Alain Bordes
En traçant sa route elle a taillé en falaises abruptes la roche calcaire qui entravait sa course vers l’océan, y a creusé des grottes où les premiers hommes s’abritèrent du froid. Chassant le long de ses rives les troupeaux de rennes venus y boire, ils y ont aussi pêché : en témoignent le saumon sculpté du site préhistorique de la Gravette à Couze et Saint Front et la découverte de pesons de filets datés de l’âge du Bronze.
On l’appelait alors « Durùnna », eau rapide. Plus tard ce fut « Durdùna », la gauloise. D’innombrables tessons d’amphores trouvés en moyenne et basse Dordogne attestent à la fois de l’existence d’une batellerie gauloise convoyant des vins d’Italie et du goût précoce des Périgourdins pour ce nectar qu’ils apprirent très vite à produire eux-mêmes.

Les tonneaux remplacèrent les amphores et descendirent le cours de la rivière de plus en plus nombreux. Il fallait donc de plus en plus de bois et le Haut Pays connut la périlleuse descente entre flottage et navigation du bois merrain destiné à la fabrication des futailles : seule la qualité du chêne limousin s’y prêtait.

Ces 80 kilomètres de descente à tombeau ouvert firent de ses bateliers des héros de légende qui séduisirent Josée Dayan, réalisatrice de la célèbre série télévisée « Rivière Espérance ». Les autres activités sur la rivière en furent escamotées : navigation remontante et commerce du sel, construction navale, pêcheries, moulins à nef, traversées des bacs… disparus autour de 1900.

L’histoire de la batellerie est indissociable de celle de son vin. Mais les temps changent, on peut aussi charger les tonneaux sur un train !

Privés de leur activité séculaire, les derniers gabariers se reconvertirent au cours des années 1930 dans l’extraction des sables et des graviers, le transport du tanin à Couze… le dernier d’entre eux a disparu en l’an 2000.

Il nous reste la Dordogne, toujours aussi vivante bien qu’assagie par ses barrages… ses jeux de lumière, ses paysages et ses oiseaux, la sérénité qu’elle dégage nous inspire en attendant le retour programmé de ses poissons migrateurs et la perspective d’une prochaine balade en canoë.

Le promeneur attentif retrouvera les traces laissées le long des berges par l’activité batelière : peyrats, petites cales inclinées, quais pavés, canaux, écluses…

La Dordogne nous accompagne comme elle l’a toujours fait.

Régine Simonet

Cet article a été publié dans le numéro 2 du magazine « Secrets de Pays ».

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