Le faucon pèlerin… une espèce menacée puis protégée

Trois jeunes faucons pèlerins perchés sur une branche
Trois jeunes faucons pèlerins viennent de quitter le nid. © Pierre Boitrel.
Après la dernière guerre, le faucon pèlerin – dieu Horus dans l’Égypte ancienne – avait totalement disparu de nos paysages de Dordogne… Il y refait son apparition pour le plus grand bonheur des naturalistes engagés dans la protection des espèces menacées.

Les causes de l’extinction de ce rapace s’expliquent aujourd’hui par la conjugaison de trois facteurs :

1. L’utilisation du DDT, insecticide désormais interdit, est un poison qui, en modifiant le métabolisme du calcium, fragilisait les coquilles des œufs. Ainsi, en couvant, les femelles cassaient les œufs sous leurs poids. Au cours des années 1948-1950, ces populations furent décimées dans l’Europe entière. Ce fut la malédiction d’Horus ! Du jour au lendemain, ces oiseaux devinrent terriblement rares.

2. Les fauconniers, dont la passion est d’utiliser des faucons pour la capture de gibiers, n’avaient aucune peine à se procurer dans la nature de jeunes rapaces qu’il leur suffisait ensuite d’élever et de dresser. En effet, dans bien des endroits, il n’y avait qu’à se rendre près de la première falaise venue pour tomber, avec un peu de chance, sur un nid habité par ces oiseaux rupestres. En l’espace de quelques années, en France, des populations complètes jusque-là restées plus ou moins florissantes, furent fauchées et entièrement rayées de la carte. Devant cette hécatombe, unique dans l’histoire, les fauconniers réagirent différemment ! Les uns, cessant d’aller se ravitailler dans les nids, entreprirent d’enrayer le génocide. Ils créèrent « le Fonds d’Intervention pour les Rapaces » (FIR), organisme qui a fusionné avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (Mission Rapaces) qui maintenant étend son action dans la France entière ainsi que dans certains pays européens. Quant aux autres, ils adoptèrent un comportement diamétralement opposé en poursuivant leur approvisionnement comme si rien de véritablement sérieux ne s’était passé.

3. La chasse. Classés nuisibles, les rapaces étaient détruits par des Nemrod sans scrupules. Les scientifiques et les naturalistes ayant incontestablement prouvé l’utilité des rapaces, ils furent heureusement tous classés espèces protégées en 1972. Avant cette date, il restait donc moins de 300 couples en France, réfugiés au cœur de régions montagneuses inaccessibles à l’homme, mais plus aucun en Dordogne. Les trafiquants fauconniers furent alors maîtrisés.

Réapparition en Dordogne

Chasseur de haut vol, le faucon pèlerin joue un rôle important dans l’écosystème périgourdin. C’est pourquoi les ornithologues locaux (SEPANSO et LPO) mettent en place, sous les falaises susceptibles de les accueillir à nouveau, des postes de surveillance. Les premiers nicheurs arrivent en Dordogne à la fin des années soixante-dix et la surveillance s’installe sous les aires de rapaces dans un parfait anonymat médiatique. Les surveillants bénévoles observent de loin et n’interviennent que si cela s’avère nécessaire. La collaboration est bonne entre gardes de l’ONCFS, techniciens de chasse et gendarmerie(1).

Gérard Gauville, technicien de chasse, et moi-même, proposons alors de créer des arrêtés de biotope sur les sites les plus exposés aux dérangements (varappe, modification du milieu, etc). Le préfet accepta et ces sites rupestres protégés furent fonctionnels sur les deux belles vallées Dordogne et Vézère. La SEPANSO acquit une caravane, des bénévoles prêtèrent tentes et caravanes supplémentaires. Nuit et jour, des surveillants scrutèrent à l’aide de télescopes puissants et de jumelles, le comportement, le régime alimentaire, l’accouplement, l’élevage des poussins, l’apprentissage des jeunes à la chasse.

Un trafic allemand est progressivement démantelé. Les voitures suspectes (surtout allemandes) sont identifiées et signalées aux douaniers qui interviennent aux frontières. Grâce à cette action, on comptabilise aujourd’hui plus de cinquante couples en Périgord. La population a donc retrouvé ses effectifs normaux.

Biologie du faucon pèlerin (Falco perigrinus)

De la taille d’un grand corbeau, le mâle est un tiers plus petit que la femelle. Cela évite une concurrence alimentaire sur le territoire de chasse : le mâle capturant les petits passereaux et la femelle les gros. Grâce à leurs modes de chasse, les pèlerins ne capturent que des oiseaux en vol. Leur vision est remarquable, 7 à 10 fois supérieure à celle de l’homme. De grande taille, les yeux occupent la plus grande partie de la boite crânienne (à l’échelle humaine la taille d’un pamplemousse).

L’époustouflante attaque du faucon pèlerin

Généralement, il se place à très haute altitude. Sa proie repérée, il fond sur elle comme une flèche à plus de 300 km/h, ailes repliées. On a relevé la vitesse de 110 m/seconde (396 km/h). Le déchirement de l’air provoque alors un bruit comparable (toutes proportions gardées) à celui d’un avion à réaction… ce qui a pour effet d’avertir à temps les proies de l’arrivée du pèlerin et d’entraîner, neuf fois sur dix, l’échec de son attaque ! Lors de piqués à grande vitesse, le « frelon » limite l’entrée d’air dans les poumons, permettant ainsi à l’oiseau de respirer. Il s’agit d’une petite excroissance située en plein milieu de sa narine. L’utilité de cet appendice est de créer une zone de turbulence près du bec, empêchant ainsi l’air de s’engouffrer et de l’étouffer.

Près des villes où les pigeons abondent, notre rapace vient prédater ces volatiles à problème pour les toitures et les gouttières. Lalinde et Pontours ont la visite du faucon, lieux où il prélève des pigeons sans toutefois faire baisser les effectifs. Un prédateur entame rarement son capital proies. Si ce potentiel baisse, il va voir ailleurs et le capital se reconstitue.

Avec mon ami Pierre Boitrel, photographe, nous observons ce magnifique oiseau depuis des années. Les photos qui illustrent cet article ont été prises sur une falaise de Dordogne, depuis un affût fabriqué de longue date, ce qui permet de ne pas les déranger.

À l’heure actuelle, sauf accident, l’avenir du faucon pèlerin paraît assuré en Périgord grâce aux efforts des personnes actuellement regroupées au sein de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), de la SEPANSO (Société Étude Protection Aménagement Nature Sud-Ouest), des Naturalistes du Périgord, des gardes de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS). Grâce à tous ces efforts conjugués, les populations françaises de faucon pèlerin sont également en progression. Vive la biodiversité !

Serge Fagette,
Naturaliste à la SEPANSO (Société pour l’Étude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest) et à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).
Photos Pierre Boitrel.


Sources et notes :

  • (1) Les pionniers de cette reconquête sont : Pascal Grisser, Jean-Claude Bonnet, Daniel Rat, Claude Soubiran, Serge Fagette, Pierre Boneval, Nicole Riou, ainsi que tous les gardes venus de la France entière ; le TUC et le CES de la SEPANSO.

Cet article a été publié dans le numéro 5 du magazine « Secrets de Pays ».

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