« Le théâtre », un décor naturel pour un lieu touristique…

Un « grafitti de courau » probablement gravé lors de la construction ou restauration, sur la façade sud du pigeonnier
Un « grafitti de courau » probablement gravé lors de la construction ou restauration, sur la façade sud du pigeonnier.
Le village de Mauzac et Grand Castang possède un des plus pittoresques théâtres de plein air, niché dans la verdure, tout en discrétion, avec pour spectacle vivant la rivière Dordogne.

Mauzac d’hier et d’aujourd’hui

auzac : ici la rivière Dordogne est majestueuse ! Son plan d’eau émerveille, la maison du passeur questionne, la balade sur le quai invite le promeneur à la halte. Des jardinets verdoyants aux terrasses des coteaux, du vaste plan d’eau jouxtant les maisons de pierres à l’écluse du canal, Mauzac et ses multiples atouts sait se faire apprécier.

À la sortie du village, un chemin balisé indique le circuit de grande randonnée « GR6 » surplombant la rivière jusqu’à Trémolat, offrant un panorama d’une exceptionnelle beauté. Jadis cultivé en vignes, des murailles construites en espaliers dessinent des gradins. Ce coteau calcaire aux larges zones rocailleuses culmine à environ 130 m d’altitude. Autrefois dépendance du manoir des Baudies, on le nomme « Théâtre ».

Légende photos : vues panoramiques depuis « Le Théâtre » de Mauzac et Grand Castang.

C’était hier !

Au bas du site, nichée au fond d’une allée, la demeure des Baudis fut la propriété de plusieurs personnages illustres.

Vers 1840, Monsieur Bourson, banquier à Bergerac, se porte acquéreur de la demeure des Baudies auprès de Jean Elie Morand Dupuch, militaire, époux de Gabrielle Gontaut, propriétaire depuis 1723. Homme fortuné, il transforme le manoir et participe financièrement à la construction de l’église. Il semblerait qu’il ait, en ce temps, aménagé le coteau en un vaste vignoble : voies d’accès, constructions de murailles en pierres sèches, cabanes en toits de lauzes à usage des ouvriers viticoles et, tout en haut, une ferme périgourdine traditionnelle nommée aujourd’hui « la Maison du Vigneron » où logeait alors une famille assurant ainsi une présence permanente sur le site. Un pigeonnier à toit conique lui est accolé, ainsi qu’un superbe four à pain datant, selon les archives, de 1640. Un four d’origine ! Seul le toit et la porte métallique ont été restaurés, à l’identique.

Sur ce coteau la plantation de la vigne fut intense vers 1847. Les habitants du village apportèrent leur contribution par le transport de terre et de pierres extraites des carrières voisines ; rude tache ! Ils remontaient à dos d’homme la terre entrainée par les pluies dans des sacs en toile de jute, tout en haut des terrasses. Ce vignoble fut totalement détruit par la terrible crise du phylloxéra, en 1875. Les successeurs de M. Bourson assurèrent la reconversion par la plantation de truffières. Des truffes à écorce noire verruqueuse et savoureuses à souhait.

Le Manoir des Baudis. © Coll. André Goustat

Le Manoir des Baudis. © Coll. André Goustat

En 1870, M. Vizerie, fils du docteur Vizerie de Bergerac, résida au château quelques années. M. Albert Cantellaube de Ritat, receveur des finances, acquit ensuite la propriété et la restaura. Albert Cantellaube, propriétaire de 1895 à 1933 du château des Baudis, aménagea la façade, construisit des tours lui donnant son aspect actuel. Il assura un bon entretien du site du Théâtre.

Aujourd’hui…

Les marques du temps semblent ne pas avoir atteint la beauté du « Théâtre ». D’importants travaux de réhabilitation ont été réalisés par M. André Goustat alors maire et son équipe municipale, dans les années 2000, avec la participation de l’architecte des bâtiments de France Corinne Langlois et l’architecte bergeracois Marc Robert. Raymond Rousseau, premier adjoint, homme passionné et amoureux de son village, disparu trop prématurément, n’a malheureusement pas connu le site réhabilité. Très impliqué dans la vie locale, son important travail de recherches d’archives et d’iconographies reste en témoignage.

En toutes saisons, flâneurs ou marcheurs confirmés sillonnent le lieu par deux accès aménagés. Le chemin pédestre permet d’arriver d’un pas tranquille à « la Maison du Vigneron » au sommet du coteau. Le sentier de chèvres est plus sportif ! Très escarpé, entrecoupé d’escaliers, avec ses superbes murets de pierres sèches, il arrive directement sur la cabane de lauzes et la petite tour au bas de « la Maison du Vigneron ».

Un « grafitti de courau » (bateau navigant aux 18e et 19e siècles), probablement gravé lors de la construction ou restauration, sur la façade sud du pigeonnier, subit malheureusement les assauts du temps. On décèle le bout du manche de l’aviron. Ce graphisme à la naïveté de trait fait l’objet d’une citation dans l’ouvrage « Le patrimoine méconnu du canton de Lalinde » de Frédéric Gonthier et Claude Valérie (ARH Pesqueyroux, 2005).

La vue panoramique sur la vallée permet, grâce à la table d’orientation, de situer la commune de Badefols et son château fort, le pont de Mauzac ainsi que les divers ouvrages de canalisation des eaux vers l’usine hydro-électrique ou le canal latéral de la Dordogne.

Actuellement propriété de la famille d’Abbadie d’Arrast, le château des Baudis, au pied du coteau, conserve probablement en ces murs bon nombre de secrets, « secrets de familles… secrets de pays » !

Françoise Cheyrou

Cet article a été publié dans le numéro 2 du magazine « Secrets de Pays ».

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