Qui était le vrai Savinien de Cyrano de Bergerac ?

Cyrano de Bergerac est l’une des pièces les plus populaires du théâtre français, et la plus célèbre de son auteur, Edmond Rostand. Librement inspirée de la vie et de l’œuvre de l’écrivain poète et libre-penseur, Hercule Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), elle est représentée pour la première fois le 28 décembre 1897, à Paris. Mais qui était Savinien de Cyrano de Bergerac, et avait-il un lien avec la ville de Bergerac en Périgord ?

On pense trop souvent que Cyrano est de chez nous parce qu’il se disait « de Bergerac » et qu’il s’était engagé, comme les Gascons de son rang, aux cadets du régiment des gardes, dans la fameuse compagnie de Monsieur de Carbon de Casteljaloux. Peut-être aussi parce qu’il était particulièrement brave et passablement fou. Toutefois, bravoure et pointe de maboulisme, ne sont pas le monopole des Périgourdins (1). La vraie raison pour laquelle on attribue une origine méridionale à Savinien de Cyrano de Bergerac vient plutôt du fait que des célébrités tels que Charles Nodier, Paul Lacroix, Victor Fournel ou encore Théophile Gautier ont accréditée et appuyée cette thèse. Voici par exemple ce qu’Émile Magne a écrit sur le sujet :

« Né dans l’ancienne ville de Bergerac, cité libérale et généreuse, qui chassa deux fois les Anglais durant la Guerre de Cent Ans et donna le jour à trois maréchaux de France, Cyrano fut de cette France guerrière et littéraire tout ensemble, à laquelle il ne manquait pour s’élever et se perfectionner encore que d’ajouter à toutes ses grandeurs la grandeur suprême de la liberté. »

Aujourd’hui, les origines de Savinien de Cyrano de Bergerac ne font plus mystère, et tous les spécialistes sont unanimes pour dire qu’il n’était pas Gascon, pas davantage Périgourdin, mais Parisien, né à Paris, de parents parisiens… On le sait depuis les recherches menées dans les registres paroissiaux et les actes notariés. Signalons tout d’abord les travaux d’Auguste Jal publiés dès l’année 1872, puis ceux de Frédéric Lachèvre (1855-1943), bibliographe, érudit et critique littéraire français spécialiste du libertinage du XVIIe siècle, ou bien encore ceux de Madeleine Alcover (1938-2014), professeur émérite à la Rice University de Houston.

Voici le résumé de l’étude menée par l’un des membres-fondateurs de la Société Historique et Archéologique du Périgord, Albert Dujarric-Descombes (1848-1926), racontée par Jean Maubourguet dans son livre Choses et Gens du Périgord :

Il n’est plus permis d’ignorer que Cyrano de Bergerac avait un nez long comme ça et que ce nez n’en finissait pas de humer « la verte douceur des soirs sur la Dordogne ». Par malheur, il est fort douteux que l’auteur du Voyage à la lune ait jamais visité, le long de notre fleuve, aucun des bourgs qui s’échelonnent de Limeuil à Castillon. Car Cyrano n’était ni de Bergerac, ni même du Périgord. Cela, Monsieur Dujarric-Descombes l’a parfaitement démontré, dans le bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, il y a déjà plus de 60 ans ; mais il est des preuves qu’il faut périodiquement fournir pour que la fable ne réclament pas en sa faveur le bénéfice de la prescription.

Reste son nom. Or, dès 1851, Labbé Audierne — qui a vu et compris tant de choses —, notait dans son Périgord illustré, qu’on n’a conservé à Bergerac aucun souvenir traditionnel de la naissance de Cyrano. Quatre ans plus tard, Le Blanc et Jacob, éditeurs de ses œuvres, déclaraient que, de cette naissance, il n’était pas fait mention dans les registres de baptême de Bergerac ; ce qui, d’ailleurs, ne signifie rien puisqu’on ne possède aucun des registres paroissiaux antérieur à 1656. En 1865, M. A. De Lamardie affirmait, comme une chose absolument certaine, que Cyrano « n’était pas un enfant du pays » ; il concédait, toutefois, que le soldat-poète avait dû « y séjourner durant son enfance et y recevoir les premiers éléments de son éducation ». Telle était ton aussi, à la même époque, l’opinion du Docteur Galy (1874-1887), conservateur du Musée du Périgord, et de l’érudit Léon Lapeyre (ancien bibliothécaire de Périgueux).

Vers 1870, nombre d’érudits locaux mettez donc nettement en doute l’origine bergeracoise de Cyrano, mais ils étaient bien incapables de fournir à l’appui de leur thèse aucun texte, si menu fût-il. C’est alors qu’entra en scène Auguste Jal (1795-1873), ancien archiviste de l’Hôtel de Ville de Paris, et ce fut pour apporter la preuve que les grands-parents, les parents et les frères du soi-disant périgourdin été des Parisiens. Enfin, M. Auguste Vitu (1823-1891), au cours d’une conférence faite en 1872 au Théâtre de la Gaïté, à l’occasion de la représentation de La mort d’Agrippine, apporta la généalogie complète de la famille.

Savinien de Cyrano, conseiller secrétaire du roi en 1571, eut, à Paris, cinq enfants. L’un deux, Abel, sieur heures de Mauvières, Épouse, en septembre 1612, espérance Béranger, ou Bélanger. Le mariage fut célébré en l’église Saint-Gervais. De cette union sont issus six enfants, baptisés en l’église Saint-Eustache, et un septième, baptisé, toujours à Paris, en l’église du Saint-Sauveur, le 6 mars 1619. Ce septième et dernier enfant n’est autre que notre Cyrano, dit de Bergerac. Et, M. Dujarric-Descombes le fait remarquer, on eût économisé beaucoup d’encre et de paroles sur ce sujet si l’on avait pris soin de lire ce que dit lui-même Cyrano dans son Voyage à la lune.

« Mon démon, s’estant muny des choses nécessaires pour un si grand voyage, me demanda en quel endroit de mon pays (la terre) je voulois descendre. Je luy dis que la plupart des riches enfans de Paris se proposant un voyage à Rome une fois en la vie, n’imaginant pas après cela qu’il y eust rien de beau ny à faire ny avoir, je l’ai prois de trouver bon que je les imitassent. »

Expliquez-moi donc, réplique l’avocat de Bergerac pour quel motif notre homme est « de Bergerac », et comment il pouvait signer « de Cyrano Bergerac ». Est-ce seulement pour « faire beau » ? Pour posséder, comme les gentilhommes de la compagnie de M. De Casteljaloux, et non à résonance méridionale ? Pour l’un et l’autre motif, sans doute. Mais aussi pour un troisième : son frère aîné, Abel, était Cyrano de Mauvières ; il était, lui, Cyrano… d’autre chose, et rien n’était alors plus conforme aux usages. D’accord. Mais de quel droit prenait-il le nom d’une ville où il ne possédait ni château, ni terre ?

On commence à entrevoir la vérité lorsqu’on s’aperçoit qu’il est, en France, d’autres Bergerac que celui de la Dordogne. M. Vitu l’a cherché en Bretagne. Dans cette province, il existait, en effet, non seulement un Bergerac, mais encore un Mauvières (communes de la Mézière, Ille-et-Vilaine). Ce Mauvières, M. Jacob, l’a situé, au contraire, dans le département de l’Indre. Aujourd’hui, grâce aux recherches de M. Auguste Moutié, il est certain que les deux seigneuries ne se trouvent ni en Bretagne, ni en Berry, mais tout près de Paris, dans la commune de Saint-Forget et l’arrondissement de Rambouillet. C’est dans un ouvrage consacré à Chevreuse, que M. Moutié à insérer cette note, où est la clé de l’énigme :

« Fief de Sous-Forest, paroisse de Saint-Forget. Vers 1601, noble homme Abel de Cyrano, escuyer, seigneur de Mauvières et de Bergerac, avoue tenir en plein fief de Charles de Lorraine, Duc de Chevreuse, le fief, terre et Seignerie appeler le fief de Bergerac » (actuellement Sous-Forêts).

La rivière de l’Yvette, avant d’atteindre Chevreuse, passe au pied du parc de Dampierre ; c’est là que se trouvaient Mauvières et Bergerac, à dix kilomètres à peine de Versailles. Et notre cadet de Gascogne n’était qu’un Gascon de Paris. (1)

Maintenant que nous savons que Cyrano de Bergerac n’était pas Gascon, pas davantage Périgourdin, mais Parisien, né à Paris, de parents parisiens, demandons-nous s’il a, malgré tout, un lien entre ce personnage et la ville de Bergerac en Périgord ? La réponse est « oui mais… » ou bien encore « peut-être », suivant l’hypothèse retenue… Découvrez un début d’explication en lisant la suite de cet article !

La vie et l’œuvre de Savinien de Cyrano de Bergerac

La brève existence de Cyrano est peu documentée. Toutefois, dans la préface de l’Histoire comique par Monsieur de Cyrano Bergerac – publiée vingt mois après sa mort –, son ami Henry Le Bret nous livre les quelques pages de nature biographique sans lesquelles nous ne saurions rien de son enfance campagnarde, de son engagement militaire, de ses prouesses de bretteur et des circonstances de sa mort. (2)

Le premier Cyrano dont on a retrouvé la trace, Savinien Ier, était le grand-père de Savinien de Cyrano de Bergerac. Ce notable, bourgeois de Paris, d’abord marchand de poisson de mer, fut ensuite nommé, en 1571, notaire et secrétaire du roi. Il était propriétaire d’une grande maison qu’il habitait rue des Prouvaires, près des Halles. En 1582, il acheta les fiefs de Mauvières et de Bergerac, situés sur les rives de l’Yvette, dans l’actuel département des Yvelines, près de Chevreuse, en région parisienne. C’est ce nom de Bergerac (qui s’appelle aujourd’hui Sous-Forêt) qui prêta si longtemps à confusion et fit croire aux biographes successifs de notre Cyrano qu’il était natif de Bergerac, en Périgord, et avait des attaches gasconnes. Nous savons maintenant qu’il n’en est rien. Pourtant, il existerait bel et bien un lien entre Savinien de Cyrano et la ville de Bergerac en Périgord, mais si cette hypothèse est exacte, ce lien ne le concernerait pas directement…. (3)

C’est dans la deuxième moitié du XIVe siècle qu’un certain Ramond de la Rivière de la Martigne, se voit doté du fief « avec moulin de Mauvières en Saint-Forget… » en récompense de son action contre les Anglais pour la reprise de Bergerac par le Duc d’Anjou, frère de Charles V. C’est en souvenir de ce fait d’armes et de ses origines bergeracoises que Ramond de la Rivière baptisa du nom de Bergerac les prairies jouxtant Mauvières à l’ouest. Les seigneurs de Mauvières devienrent donc de Mauvières et de Bergerac. En d’autres termes, si Ramond de la Rivière avait bel et bien des origines bergeracoises, ce n’était pas le cas de Savinien de Cyrano qui, lui, s’est contenté d’ajouter à son nom le nom du domaine que son grand-père avait acheté. Et c’est ainsi qu’il prit le nom d’une ville où il ne possédait ni château, ni terre… Mais pour être honnête, il convient d’admettre qu’il s’agit là d’une hypothèse tirée d’une étude très contestée, d’un érudit bergeracois, Martial Humbert Augeard. Le sujet n’est donc pas définitivement clos… (4)

Savinien II de Cyrano, notre Savinien de Cyrano de Bergerac, est le fils d’Abel Ier de Cyrano, sieur de Mauvières, (1565?-1648), avocat au parlement de Paris, et d’Espérance Béranger ou Bellanger (1586-164?), sa femme, « fille de défunt noble homme Estienne Bellanger, Conseiller du Roy et Trésorier de ses Finances ». Il naquit rue des Deux-Portes (l’actuelle rue Dussoubs dans le 2e arrondissement) et fut baptisé le 6 mars 1619 en l’église Saint-Sauveur. C’est un érudit archiviste parisien, Jal, qui découvrit son acte de baptême qui figurait sur les registres de la paroisse Saint-Sauveur. Malheureusement, ces documents brûlèrent, en 1870, avec les archives de la Ville de Paris.

En juillet 1636, alors que Savinien a quatorze ans, son père vend Mauvières et Bergerac à un certain Antoine Balestrier, sieur de l’Arbalestrière, et revient s’installer avec sa famille à Paris, dans « un modeste logis, en haut de la grande rue du faubourg Saint-Jacques près de la Traverse » (paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas), à deux pas du collège de Lisieux. Mais rien n’indique que Savinien soit venu vivre avec eux. Ce que l’on sait, c’est que Cyrano étudie au collège de Beauvais de Paris. Puis il s’engage, en 1638, sans doute en tant que cadets, avec son ami Henry Le Bret, dans la compagnie Royal Gascogne du baron Alexandre Carbon de Casteljaloux, le Régiment des Gardes françaises du roi. C’est alors qu’il prit un nom qui résonne davantage « Gascon » et devint Cyrano de Bergerac.

Engagé comme fantassin dans les combats qui opposent Français et Espagnols lors de la guerre de Trente Ans, Cyrano est blessé en 1639 au siège de Mouzon d’« un coup de mousquet à travers le corps ». Il est à nouveau blessé en 1640 lors du siège d’Arras, d’« un coup d’épée dans la gorge », qui met fin à sa brève carrière militaire. Parmi les compagnons de bataille de Cyrano, on trouve le capitaine d’une compagnie de chevau-légers, Christophe de Champagne, baron de Neuvillette qui épousa, le 20 février 1635, Madeleine Robineau, la cousine maternelle de l’écrivain ; il meurt dans une embuscade, au retour du siège d’Arras, en août 1640(2)

De retour dans la vie civile, Cyrano reprend ses études, en octobre 1640, au collège de Lisieux, où il étudie la rhétorique. Il devient intime avec Claude-Emmanuel Luillier (1626-1686), dit Chapelle, et s’introduit auprès du précepteur de ce dernier, Pierre Gassendi (1592-1655), un chanoine de l’Église catholique, qui tente de concilier l’atomisme épicurien avec le christianisme, dont il devient le disciple. C’est également sans doute à cette époque, qu’il aurait mis en fuite une centaine de spadassins pour défendre le poète François Pajot de Lignières, près de la porte de Nesle. (3)

Savinien de Cyrano de Bergerac, un poète libertin

Ami de Chapelle (1626-1686) et Tristan L’Hermite (1601-1655) avec lesquels il partage les aspirations libertaires, Savinien de Cyrano de Bergerac mena une vie de libertin qui mêlait hardiment liberté sexuelle, indifférence aux dogmes religieux et libre exercice d’une philosophie où la raison devait triompher (5). Souvent décrit comme homosexuel, Cyrano devient probablement, vers 1640, l’amant de l’écrivain et musicien Charles Coypeau d’Assoucy (1605-1677), son aîné de quatorze ans (il avait alors dix-sept ans), avant de rompre brutalement en 1650, probablement pour une histoire de jalousies amoureuses. Lorsque leur relation se transforme en amère rivalité, Cyrano adresse des menaces de mort à D’Assoucy, ce qui oblige ce dernier à quitter Paris. La querelle prend alors la forme d’une série de textes satiriques.

L’œuvre de Savinien de Cyrano de Bergerac

Sa comédie, le Pédant joué est représenté en 1646. Granger, le « pédant », a pour modèle Jean Grangier, le principal du collège de Beauvais qu’il avait fréquenté et où se déroule l’action de sa comédie. Molière s’en est largement inspiré notamment pour sa fameuse scène des Fourberies de Scapin : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? », copie presque textuelle d’une des scènes de la comédie du Pédant joué. Cyrano aurait d’ailleurs rencontré Molière, voire fréquenté, comme la plupart des beaux esprits de son temps. Il aurait pu couler une vie heureuse, mais il était joueur, et il tomba peu à peu dans la misère. Il était par ailleurs syphilitique, et n’avait pas les moyens de se faire soigner. En 1653, à bout de ressources, il accepte la protection du duc d’Arpajon qui l’aide à publier au printemps de l’année suivante, chez le libraire Charles de Sercy, ses Œuvres diverses et La Mort d’Agrippine, une tragédie qui fait scandale en raison des répliques machiavéliennes de Sejanus.

« Un fou nommé Cyrano fit une pièce de théâtre intitulée La Mort d’Agrippine, où Séjanus disait des choses horribles contre les dieux. La pièce était un vrai galimatias. Sercy, qui l’imprima, dit à Boisrobert qu’il avait vendu l’impression en moins de rien : « Je m’en étonne », dit Boisrobert. — « Ah ! Monsieur", reprit le libraire, "il y a de belles impiétés ! » »

Les œuvres les plus éminentes de Cyrano sont L’Autre Monde : l’Histoire comique des Estats et empires de la Lune (1657) et L’Histoire comique des Estats et empires du Soleil, inachevée à sa mort. Ces œuvres fantasmagoriques, d’une rare audace, décrivent des voyages fictifs vers la Lune et le Soleil. Inventives, souvent ingénieuses, et parfois enracinées dans la science, les méthodes de voyage spatial que décrit Cyrano reflètent la philosophie matérialiste dont il était adepte. L’objectif principal de ces romans que certains considèrent, à juste titre, comme parmi les premiers romans de science-fiction, était de critiquer de façon subtile la physique traditionnelle d’inspiration aristotélicienne, notamment le géocentrisme, et le point de vue anthropocentrique de la place de l’homme dans la création, ainsi que les injustices sociales du XVIIe siècle. Cyrano met ses lecteurs en garde contre la Vérité, rappelant la relativité de toute connaissance et de tout savoir, ce qui donne toute sa place à cette œuvre dans le mouvement du libertinage intellectuel du XVIIe siècle. La version de L’Autre Monde parue après la mort de Cyrano a été mutilée pour satisfaire la censure.

À lire : L’Autre Monde ou les Estats et Empires de la Lune et du Soleil (Classiques Garnier, 1933), Œuvres diverses (Classiques Garnier, 1933), Voyage dans la Lune, illustré de vingt eaux fortes originales de Lucien Coutaud (éd. Philippe Lebaud, 1971), Œuvres complètes (Belin, 1977), Œuvres complètes, Tome I : L’Autre Monde ou les États et empires de la lune. Les États et empires du soleil. Fragment de physique (éd. Champion, 2001), Tome II : Lettres. Entretiens pointus. Mazarinades (éd. Champion, 2001), Tome III : Théâtre : Le Pédant joué ; la Mort d’Agrippine (éd. Champion, 2001). (3)

Par-delà la renommée de la pièce de Rostand, on assiste depuis la fin des années 1970 à un renouveau des études autour de Cyrano et de son œuvre, auxquels ont été consacrés, en France et à l’étranger, de nombreuses thèses, articles, biographies et essais. Ses deux romans ont été inscrits en 2005 au programme du concours de l’agrégation de lettres modernes. Rémy de Gourmont écrit : « Cyrano de Bergerac est un esprit de premier ordre duquel il n’a manqué que dix ans de vie et de labeur pour devenir une des grandes figures littéraires et philosophiques du XVIIe siècle. » Cyrano de Bergerac reste le pur emblème de la contestation, de l’indépendance et de la fantaisie. (2)

La fin tragique de Savinien de Cyrano de Bergerac

Cyrano est blessé, en 1654, par la chute d’une poutre en bois alors qu’il entrait dans la maison de son protecteur influent, le duc d’Arpajon, à qui il dédia d’ailleurs la première édition de ses œuvres. On ignore s’il s’agit d’une tentative d’assassinat délibérée (comme l’on dit Paul Lacroix, Marc de Montifaud, Emile Magne et bien d’autres) ou simplement d’un accident, de même qu’il est impossible de déterminer si sa mort est consécutive à cette blessure. Abandonné par le duc d’Arpajon, il trouve refuge chez Tanneguy Renault des Boisclairs chez qui il agonise pendant plusieurs mois. Le 23 juillet 1655, sentant sa fin venir, il se fait transporter à Sannois, dans la maison de son cousin et ami Pierre II de Cyrano, sieur de Cassan, trésorier général des offrandes du Roi, où il meurt le 28 juillet 1655, à l’âge de trente-six ans. Il sera inhumé le lendemain, dans l’église de Sannois, une commune du Val-d’Oise, en Île-de-France. (3)

On prétend que dans les derniers mois de sa vie, la baronne de Neuvillette aurait contribué à arracher Savinien de Cyrano de Bergerac au libertinage, « dont les jeunes gens sont pour la plupart soupçonnés », et à le ramener à des sentiments chrétiens. Rien n’est moins sûr. (2)

La vie de Savinien de Cyrano de Bergerac fut-elle conforme à la légende ?

L’œuvre d’Edmond Rostand a été écrite en 1897 et jouée pour la première fois le 28 décembre de la même année à Paris, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Elle reprend des éléments de la biographie de Savinien de Cyrano de Bergerac et s’en écarte par des aspects non négligeables. Si les écrits de Cyrano indiquent bien qu’il possédait un nez anormalement grand, s’il est vrai que, poète populaire et fine lame, il était hâbleur, blagueur et prompt à tirer l’épée – au point d’être surnommé « le démon de la bravoure » pour s’être battu dans de nombreux duels et avoir combattu cent hommes à la porte de Nesle –, ses traits de personnalité furent néanmoins enjolivés par Rostand. Quant au personnage de Roxane de la pièce de Rostand, il était inspiré de Catherine de Cyrano, la cousine de Savinien Cyrano, qui vivait avec sa tante au couvent des Filles de la Croix (situé rue de Charonne, au faubourg Saint-Antoine), où celui-ci fut soigné des blessures infligées par la chute d’une poutre dont nous parlerons plus loin. Toutefois, l’intrigue de la pièce impliquant Roxane et Christian de Neuvillette est presque totalement fictive, le vrai Cyrano n’ayant pas rédigé, à sa place, les lettres d’amour du baron.


Notes :

  • (1) Choses et Gens du Périgord, Jean Maubourguet, publié par la Librairie Floury, Paris, 14 rue de l’Université, 1941.
  • (2) Savinien de Cyrano de Bergerac, Wikipedia.
  • (3) Hercule Savinien Cyrano de Bergerac, article publié dans la revue Les Hommes sans épaules.
  • (4) Dans une étude très contestée (L’ancestralité bergeracoise de Savinien II de Cyrano de Bergerac : prouvée par la Tour Cyrano, les jurades, les chroniques bergeracoises et par Cyrano lui-même, Lembras, 1968), un érudit bergeracois, Martial Humbert Augeard, écrit qu’à l’origine de la famille de Bergerac était un certain Ramond de la Rivière de la Martigne, lequel, s’étant vu doter du fief de Mauvières en récompense de son action contre les Anglais pour la reprise de Bergerac par le duc Louis 1er d’Anjou, frère de Charles V, en 1377, aurait baptisé du nom de Bergerac les prairies jouxtant Mauvières à l’ouest, jusque-là désignées comme le « Pré joli » ou « Pré Sous-Foretz ». Au XVIIIe siècle, le fief de Bergrac a repris son ancien nom de Sous-Forets. — Voir la note en bas de page, Savinien de Cyrano de Bergerac, Wikipedia.
  • (5) Savinien de Cyrano de Bergerac, Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Crédit Photos :

  • Portrait de Cyrano dessiné et gravé par un artiste non identifié d’après un tableau de Zacharie Heince sur lequel figuraient Henry Le Bret et Jean Royer de Prade, Gallica Digital Library.
  • Cyrano de Bergerac, dit le Capitaine Satan, d’après une gravure de la Bibliothèque nationale, bibliotheque.bordeaux.fr.

REMARQUE : Si un extrait du présent article posait problème à son auteur, nous lui demandons de nous contacter et cet article sera modifé dans les plus brefs délais.

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d'apparaître.