Typologie des lavoirs

Dans le patrimoine rural vernaculaire du Périgord, les lavoirs occupent une place prépondérante. C’est au XVIIIe siècle que l’on construit la première génération de lavoirs dont l’architecture va s’améliorer avec la loi de 1851 sur l’hygiène. Il est souvent couvert, et parfois fermé, pour protéger les lavandières des intempéries. De plus, il est généralement composé de plusieurs bassins : la fontaine, puis le rinçoir (où le linge est isolé des restes de saleté et de savon), le lavoir et, parfois, l’abreuvoir en aval destiné aux animaux. L’aire de travail est souvent faite en pierres de taille et l’accès est pavé. Le lavoir du Périgord qui a été le plus souvent reproduit est constitué d’un bassin rectangulaire entouré d’une surface inclinée en béton, protégé d’un toit couvert en tuiles mécaniques dont la charpente s’appuie sur quatre ou six poteaux de bois posés sur des dés de pierre.

Quelques généralités

À l’origine, le lavoir se résume à une simple pierre plate ou planche posée au bord d’un point d’eau. Peu à peu, le lavoir s’organise autour d’un bassin public alimenté en eau, détournée ou captée, sur le parcours descendant d’une source ou d’un cours d’eau. Le bâtiment – réalisé le plus souvent avec les matériaux du pays – devait s’adapter à chaque environnement tout en offrant un accès aisé, avec suffisamment d’espace autour du bassin. Constitué d’un bassin autour duquel des pierres à laver ont été disposées ou maçonnées, d’une margelle au niveau du sol sur laquelle les lavandières et les ménagères plaçaient leurs caisses qui leur évitaient de poser directement les genoux à terre, il est souvent couvert, et parfois fermé, pour protéger des intempéries. Ses dimensions sont fonction du nombre de familles vivant dans le village pour lequel il a été construit.

Une première amélioration apportée à ce dispositif plus ou moins rudimentaire consistait à le munir le pourtour du bassin d’une « planche à laver » continue et collective ou de plans de travail individuels en ciment ou mieux en pierre taillée, réservant un espace d’environ un mètre pour chaque utilisatrice.

Lorsque le budget communal est suffisant, le lavoir proprement dit est accompagné d’un bassin de rinçage, toujours placé en amont, d’un abreuvoir, placé en aval ou alimenté en parallèle, de tablettes ou de barres en bois pour l’égouttage du linge, de banc pour le repos.

Les communes les plus riches bâtissaient le tour du bassin de telle manière que les lavandières puissent travailler debout. Le maximum du confort était atteint avec les lavoirs couverts : charpente traditionnelle en bois, couverture de qualité variable (tuile romane ou mécanique, tôle ondulée ou fibro-ciment). Toujours dans un souci de confort maximal, et pour éviter aux lavandières les courants d’air, certains architectes conçoivent des lavoirs à façades aveugles éclairés par une ouverture zénithale centrale.

La rcherche architecturale se traduit par le choix du plan, par les toitures à deux ou quatre pentes, par le dessin des ouvertures, des corniches et des moulures, par l’élégance des charpentes, ou l’harmonie des proportions.

Un essai de classification des lavoirs

La typologie des lavoirs est difficile à établir. Leurs tailles et leurs styles varient en fonction de beaucoup de paramètres : des communes dans lesquelles ils sont établis, des moyens financiers investis, des terrains choisis ou encore des points d’eau qui les alimentent.

Les lavoirs à ciel ouvert

Ouverts aux « quatre vents », sans couverture, ce sont les lavoirs les plus rudimentaires. On les classe en deux catégories :

  • Les lavoirs au fil de l’eau, aménagés sur le bord d’un ruisseau ou d’une rivière, d’un cours d’eau, ou d’une mare. Ils pouvaient être bordés ou non d’un simple trottoir dallé, longé par un plan incliné vers l’eau permettant de poser le linge et de se reposer. Les lavandières se penchaient sur leur planche à deux pieds plongeant dans l’eau ou sur de simples pierres individuelles, parfois placées en dièdre. En période de crue, ces aménagements rudimentaires et inconfortables étaient impraticables.
  • Les lavoirs aménagés au débouché d’une source ou d’une fontaine. On disposait alors un simple bassin à la sortie de la source ou de la fontaine.

Les lavoirs couverts

On distingue quatre types de lavoirs couverts :

  • Les bâtiments établis le plus souvent en longueur le long de la rive d’un cours d’eau. Le type le plus simple est un sous toit en appentis ou à double pente, soutenu du côté rivière par une file de poteaux de bois sur dés de pierre, ou plus rarement de colonnes de pierres ou de brique. L’édifice est très souvent encadré de murs sur les trois côtés et, parfois, clos par une porte, ce qui le mettait à l’abri d’usages indésirables. Il abrite une galerie bordée d’une longue margelle inclinée en pierre pour frotter le linge.
  • En raison d’une certaine standardisation des types et des matériaux de construction, les bâtiments rectangulaires sont les plus nombreux. C’est ce type de lavoir que l’on retrouve le plus fréquemment en Périgord. On rencontre toutefois quelques bassins de pierre circulaires, ovales ou hémicirculaire. Encadrés de colonnes, de piles ou de poteaux, abrités sous un toit en bâtière (deux versants qui sont inclinés et forment les côtés d’un bât) ou à quatre pans, les murs en sont plus ou moins percés de baies ou d’arcades assurant lumière et aération. Le bassin central, parfois double, est entouré de sa margelle et de sa galerie de circulation. Le plus souvent, il est constitué d’un bassin rectangulaire entouré d’une surface inclinée en béton, protégé d’un toit couvert en tuiles mécaniques dont la charpente s’appuie sur quatre ou six poteaux de bois.
  • Les lavoirs à impluvium ont une toiture à quatre pans inclinés vers le bassin central du lavoir, permettant ainsi de collecter les eaux de pluie. Certains sont de formes circulaires ou demi-circulaires, voire même en U, même si la forme rectangulaire est la plus répandue.
  • Les lavoirs abrités sous une voûte maçonnée (on parle alors de lavoir-voûte) ou logés dans une anfractuosité rocheuse. La voûte existe dans le cas où l’on doit aller chercher la source sur le flanc d’une colline.

Les différents éléments d’un lavoir classique

Croquis des différents éléments architecturaux d’un lavoir – Source : Patrimoine de pays en Périgord, Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement, CAUE Dordogne, 2002 Cliquez pour agrandir le croquis

Croquis des différents éléments architecturaux d’un lavoir – Source : Patrimoine de pays en Périgord, Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement, CAUE Dordogne, 2002 — Cliquez pour agrandir le croquis

  • SOURCE : en général, la source est équipée d’un bassin de puisage de l’eau indépendant des bassins du lavoir.
  • BASSINS : ils sont de formes rectangulaire, carré, circulaire, ovale ou hémicirculaire. Parfois, ils sont doubles. Quand il existe, le bassin de rinçage se situe toujours en amont du bassin de lavage. Le bassin de lavage quand il est unique sert également au rinçage du linge. Il peut être encastré dans le sol ou en surélévation. Le fond du bassin est pavé, dallé ou enduit au mortier pour faciliter le nettoyage. La profondeur de l’eau doit atteindre au moins 0,70 mètre pour un bon écoulement des eaux savonneuses. Les margelles inclinées et plongeantes peuvent être continues, ou bien constituées de pierres individuelles d’environ 0,80 m de large.
  • ÉLÉMENTS DE CONFORT : les lavandières travaillaient généralement agenouillées au bord du bassin, les genoux protégés de l’eau par une caisse en bois garnie de paille ou d’un coussin. Cependant, certains lavoirs ont un bassin haut qui permettait de travailler debout, dans une position plus confortable.
  • DALLAGE : les abords du bassin sont généralement dallés ou pavés et munis d’une rigole afin que les lieux soient aisés à nettoyer.
  • GALERIES : elles ont au moins 1,60 m de large. Le sol est en pente légère pour faciliter l’écoulement des eaux. Elles sont parfois munies d’étendoir, des barres d’égouttage, en bois ou en métal, suspendues au-dessus du bassin de lavage sur lesquelles le linge était mis à égoutter. On y trouve parfois des bancs de pierre de taille adossés aux murs intérieurs pour le repos des lavandières ainsi que des tablettes pour entreposer le linge propre, les effets des laveuses et le linge propre.
  • VANNE et DÉVERSOIR : la vanne permet de régler le niveau de l’eau et sert aussi lors du nettoyage du bassin. Le déversoir évacue les eaux effluentes.

Sources :

  • Florilège du Petit Patrimoine Rural Bâti du Périgord, par les membres de La Pierre Angulaire.
  • Patrimoine de pays en Périgord, Conseil d’Architecture d’Urbanisme et d’Environnement, CAUE Dordogne, 2002.

Crédit Photos :

  • Lavoir au bord du Tournevalude dans le village de Celles, Dordogne, By Père Igor (Own work), via Wikimedia Commons.

LES LAVOIRS DU PÉRIGORD

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